Merci au blog "Amours de Chèvres" qui m'a fait découvrir les oeuvres de Luc Vieillard !
Bravo à Joailes qui a donné la bonne réponse à la devinette !
Merci à No Body pour ses visites et ses commentaires chaleureux !
Pardon à tous les amis que je ne peux citer ici, je suis fort débordée en ce moment.
Puisque je suis de moins en moins sur le net ces derniers temps, autant prendre une pause franche de quelques semaines. Je vous souhaite à tous des vacances pleines de rencontres et de découvertes.
Chers lecteurs, comme je suis très peu sur le net en ce moment et que je désire malgré tout vous adresser un petit clin d'oeil, je vous laisse une devinette pour ce WE. Il s'agit d'un message qui circule entre internautes sous forme de pps, mais je le reproduis pour ceux qui ne l'ont pas encore vu.
Voilà : il est temps d'élire le Président du Monde, et votre vote sera déterminant. Vous disposez des informations suivantes sur les trois principaux candidats :
Le premier est associé à des politiciens véreux. Il consulte des astrologues. Il a eu au moins deux maîtresses, et il boit 8 à 10 Martini par jour.
Le second dort jusqu'à midi (tiens... comme moi parfois !). Il fumait de l'opium dans sa jeunesse, et il boit un quart de litre de Whisky tous les soirs.
Le troisième est un héros de guerre médaillé. Il est végétarien, et boit un bière de temps à autre. On ne lui connaît aucune histoire extraconjugale.
ALORS........... V O T E Z ! ! ! ! ! ! ! !
Ces trois personnages ont réellement existé. Auriez-vous une idée de leur identité ? Cette devinette, vous le verrez, est une arme fatale contre les préjugés.
Voici un autre chiffre, et je sens que celui-là, vous allez l'adorer.
Tout d'abord, quelques mots sur le contexte qui m'amène à vous communiquer ce chiffre. Notre chère assurance-maladie publique, à travers la voix du directeur de l'UNAM (Union Nationale des Assurances Maladie), a émis l'idée de ne plus rembourser qu'à 35 % les médicaments de type courant destinés aux personnes souffrant de maladie grave.
Ces malades devraient donc, tout comme les bien portants, se tourner vers des mutuelles pour obtenir le remboursement intégral de ces médicaments. On oublie du coup que ces personnes, plus fragiles, ont besoin de davantage de médicaments que les autres, et de surcroit on pénalise fortement celles qui ne peuvent s'offrir une mutuelle.
Et maintenant, voici mon chiffre :
$ $ $ $ $ $4 000 euros$ $ $ $ $ $
C'était le salaire mensuel net de mon ancien compagnon, cadre à la Sécu, lorsque je l'ai rencontré il y a plus de 6 ans. Il avait 13 ans d'ancienneté. Et ce n'était pas le plus haut placé dans la boutique. Dans son antenne régionale (et il y en a une vingtaine) il a un collègue au meme niveau que lui, et tous deux sont chapeautés par un big-boss et son adjoint.
Donc, dans chaque antenne régionale, environ 30 000 à 40 000 euros s'envolent tous les mois en très gros salaires. Je ne parle meme pas des médecins-conseils, qui travaillent ailleurs. Je ne parle pas non plus de la soixantaine de jours de congés et de RTT dont bénéficient ces gens. En fait, je suppose que le chiffre bien rondelet qui se profile dans ma tete est encore loin de la réalité.
Bon, d'accord, je veux bien admettre que ces gens payés à double tarif soient plus malins que nous, et qu'ils aient eu l'intelligence d'entrer dans la bonne boite, et ce à la bonne époque. Mais qu'ils osent insinuer que ce sont les patients qui coutent cher à la Sécu, c'est tout simplement abject !
Voici, en guise de cadeau, une belle chanson interprétée par Gérard Lenorman :
POURQUOI MON PERE
En février quarante cinq, je suis né Petit village de province, libéré La jeune fille en crainte, délivrée Jeté comme une lettre, un colis de promesses Sans timbre et sans adresse !
Ma mère s'est débrouillée comme elle pouvait J'étais les suites d'un homme du passé Ses petits emplois de bonne, suffisaient C'était pas la misère Mais les amis de ma mère, Je n''en avais rien à faire
Warum mein vater Traîne dans mon cœur Warum mein vater Mon enfance pleure Warum mein vater Traîne dans mon cœur Warum mein vater Mon enfance meurt
Aujourd'hui j'ai un fils blond comme les blés Le jeu des générations a gagné Mais resurgissent les questions, oubliées Auxquelles personne ne répond Alors je me suis fait un nom Que mes enfants porteront.
Voici un message et un tableau que j'ai reçus par mail :
« Objet : génial...Enfin une bonne idée
Préavis de grève national le lundi 16 Juin 2008.
Il n'y a qu'une façon de faire pression : la MOBILISATION de tous les automobilistes Français qu'y on vu leur "budget" gasoil - essence être multiplié par 2 ou 3 en 6 mois !
Comme �� chaque révolution, ce qui fait notre force c'est notre nombre.
Nous allons bloquer la France entière et prendre le gouvernement en otage !!
Qui : Tous les automobilistes FRANCAIS.
Quoi : Blocage des routes, autoroutes, chemin de fer...
Comment : Des centaines de voiture à l'arrêt sur toutes les routes de France devrait marcher aussi bien que des camions, des tracteurs ou des bateaux.
Pourquoi : Le gasoil à 1€.
Grace à internet, ce mail peut faire le tour de France en quelques minutes, alors au boulot les "Vache à lait", faite marcher le "Transférer ce mail"
Bonne chance à tous. »
1 $=
1 baril de pétrole en dollars =
Soit 1 baril de pétrole en euros
Prix du litre de gazole à la pompe
en 2000
1,20 €
60 $
72,00 €
=> 0,82 €
en 2008
0,64 €
110 $
70,40 €
=> 1,38 € au lieu de 0,80 €
Le bémol que j'apporte au message, c'est la date de l'action. L'expérience des cheminots nous a montré (cliquer les mots soulignés) que « LE » jour idéal pour bloquer le pays, c'est le mercredi. De plus, nous sommes bien plus nombreux à être disponibles le mercredi (enseignants et personnes travaillant à temps partiel) pour pouvoir participer à l'action.
Donc idéalement, je préfèrerais une action un mercredi ou un samedi, mais si toutefois il faut participer à une action coup de poing un lundi, ma foi allons-y !
"...J'ai vu pousser des barricades J'ai vu pleurer mes copains J'ai entendu les grenades Tonner au petit matin J'ai vu ce que tu faisais Du peuple qui vit pour toi J'ai connu l'absurdité De ta morale et de tes lois
J'ai chanté dix fois, cent fois J'ai hurlé pendant des mois J'ai crié sur tous les toits Ce que je pensais de toi Société, société tu n'm'auras pas..."
Renaud
Bon, nourrir cet idéal, c'est une chose, mais pouvoir le tenir, c'en est une autre.
En guise de piqûre de rappel, voici un petit bijou d'humour noir, pour que nous n'oubliions pas les conditions difficiles que vivent certaines parmi nous (au fait, ont-elles accès à Internet ? il m'arrive d'en douter).
Si ce n'est pas déjà fait, vous pouvez lire un article très complet sur les violences subies par les femmes, suivi de dizaines et de dizaines de commentaires sur le blog de La Passante :
Mille mercis à mon amie Brigitte qui m'a transmis ce texte, que je vous reproduis ci-dessous :
"Les commémorations officielles des 40 ans de mai 68 doivent beaucoup à Nicolas Sarkozy.
En affirmant qu'il voulait « liquider mai 68 » celui-ci a en effet réveillé une envie de vérité sur ce que fut la plus grande grève générale de l'histoire de France et peut-être du monde. Après tout, vouloir en liquider le souvenir, c'est le meilleur hommage à lui rendre : cela prouve que 40 ans après, mai 68 est encore présent au point qu'il obsède encore l'actuel président, la droite, le patronat, ses caisses noires.
Du coup les commémorateurs médiatiques officiels, ayant senti le danger, ne présentent plus mai 68 que sous son jour mondain, historiquement déformé, dénaturé. On a droit aux Serge July, Daniel Cohn-Bendit, Laurent Joffrin, Romain Goupil sans souci de leur trajectoire inversée. Serge July explique que « mai 68 c'est la dernière grande grève du XIX° siècle ».
Cohn-Bendit répète « Oubliez Mai 68 ». Joffrin fait un journal droitier qui se prétend indûment l'héritier de mai 68. Goupil approuve l'intervention de Bush en Irak avec l'autre soixante-huitard Bernard Kouchner passé de l'autre coté de la barrière. France inter organise le 22 mars, entre la Sorbonne et l'Odéon, une journée avec tous ces gens là sans même donner la parole à un seul syndicaliste. Ladite journée se conclut par le « téléphone sonne » consacré à un vieux débat entre Albin Chalandon et Jean-Jacques Servan-Schreiber, revu et commenté par Laurent Joffrin. On a vu des télés laisser monopoliser la parole sur mai 68 par des Max Gallo, Glucksman père et fils, et autres Tillinac.
En fait Nicolas Sarkozy ne veut pas « liquider » le mai 68 mondain, il orchestre même sa mise en médias : n'a t il pas pris Kouchner le va t-en guerre extrémiste, dans son gouvernement ? Un tiers mondiste, deux tiers mondains ? Non, ce qu'il craint c'est le mai 68 social, pas celui des étudiants mais celui des 9 à 11 millions de grévistes.
Tout le monde aurait oublié les étudiants, les barricades de Gay-Lussac, s'il n'y avait pas eu l'immense grève générale salariale.
Par exemple, je suis allé manifester aux côtes de Rudy Dutschke à Berlin en février 68 : le mouvement étudiant allemand était beaucoup plus fort que le mouvement étudiant français, mais personne ne s'en souvient car il n'y a pas eu de mouvement du salariat allemand de l'ampleur du mai 68 français.
Mai 68 ce n'est pas résumable aux barricades étudiantes !
D'ailleurs les premières barricades de 1968 sont ouvrières : fin janvier 1968 c'est à Caen qu'elles commencent pendant huit jours avec des manifestations à répétition, barricades et grèves de jeunes ouvriers de la Saviem, de Ferrodo, de Moulinex, qui mettent la ville en état de siége.
Mai 68 est le produit d'un long processus de luttes sociales qui commence en 1963 avec la grève des mineurs qui, en trois mois, en dépit de la réquisition de de Gaulle, finit par obtenir le 5 avril, 11 % d'augmentation de salaires. C'est un signal déclencheur pour quatre ans de luttes montantes, le nombre de jours de grèves, de grévistes, la durée des grèves, les formes de luttes vont aller croissantes. En 1966 et 1967, il y a deux « 17 mai », deux journées nationales d'action unitaires CGT, CFDT, FO, FEN massivement suivies contre les ordonnances anti-sécurité sociale de Georges Pompidou. Elles mobilisent deux fois 1 à 2 millions de personnes. En mars 1967, aux élections législatives, la gauche manque la majorité au Parlement d'un seul siége. Dans ces années-là, les conflits célèbres et durs se multiplient comme à Redon ou à Rhodiaceta.
Les signes annonciateurs sont là : seul un journaliste du Monde comme Pierre Viansson-Ponté ne les voit pas, il écrit en février « la France s'ennuie » alors que la France entière est prête à exploser.
Au début l'explosion n'est en effet qu'un mouvement radical de la jeunesse scolarisée, qui porte à la fois des questions universitaires et scolaires et anti hiérarchiques. Cela occupe le terrain d'avril à début mai, avec l'apogée de la « nuit des barricades » du 10 mai. Mais tout bascule surtout les 15, 16 et 17 mai, quand une vague sans précédent profite de l'occasion pour parcourir tout le pays : de Sud-Aviation à Renault-Cléon, dans toutes les entreprises du pays, par millions, tous les salariés entrent dans un vaste mouvement de grève prolongé pour les salaires, les conditions de travail, la durée du travail. C'est ce qui provoque la crise du régime sur le point se s'effondrer. Le général de Gaulle ne comprend rien à ce qui se passe, il ordonner la répression et même de tirer sur la foule, n'est même pas suivi par son premier ministres et ses préfets, à en douce, va chercher l'armée, puis revient, et profitant de l'incapacité de la gauche à se mettre d'accord, à demander des élections, à proposer une issue politique, prend le premier l'initiative de dissoudre l'assemblée nationale.
Pendant ce temps-là, le gouvernement Pompidou négocie et fait d'importantes concessions de salaires, d'amélioration de conditions de travail, de droit syndical, de promesses de réduction de la durée du travail à Grenelle. Bien que les avantages soient grands, les salariés estiment n'en avoir pas assez et continuent trois semaines de plus, par millions, la grève.
C'est la plus grande grève de l'histoire de France et sans doute du monde. Tous sont touchés, industrie et services, métallos, chimistes, cinéastes, gardiens de musée, joueurs de foot, chirurgiens dentistes ou infirmières, enseignants et gardiens de prison. Partout un véritable soulèvement social massif effraye le patronat.
Au point que 40 ans après, la force propulsive de mai 68 n'est pas épuisée. Mai 68, en fait, c'est la première grande grève du XXI° siècle.
On n'a cessé d'en revoir le scénario, en mars 1973 contre la loi Debré, en 1976 et 1979 à l'université et dans la sidérurgie, en 1986 avec la mort de Malik Oussekine, le retrait du plan Devaquet et la grande grève qui a suivi, en 1994 avec la grande manifestation contre Bayrou et celles contre le CIP, en novembre décembre 1995 contre le plan Juppé, en 2003 contre les scélérates lois Fillon contre les retraites, en 2006 contre le CPE.
La vie sociale profonde de notre vie rete encore structurée par les effets profonds de la grande grève de mai 68. La victoire de la gauche en 1981 est un effet différé de mai 68. La victoire de Lionel Jospin en 1997 est un effet différé de nov-déc 95.
C'est cela qui effraie Sarkozy et lui a fait défier, calomnier, dénaturer mai 68 : il a raison car c'est une grande grève générale de ce type qui stoppera l'ensemble de la politique intégriste, néo libérale réactionnaire qu'il met en oeuvre depuis cinq ans.
A nous d'y travailler dans l'unité de toute la gauche !
Gérard Filoche, le 31 mars 2008
Auteur de « mai 68 histoire sans fin, liquider mai 68, même pas en rêve » Ed. JC Gawsevitch 480 p 23 euros"
Hier, lors d'un long trajet en voiture, je me suis retrouvée à Besançon, ville que je n'ai pas le plaisir de connaître, à la recherche d'une pompe à essence. Je suis d'abord tombée sur une station fermée, puis sur un supermarché d'une enseigne qui n'a pas respecté le lundi de Pentecôte… vous savez que j'ai le boycott facile. Seulement voilà, plus je tournais en rond à la recherche d'un supermarché avec station de carburants, plus ma jauge baissait, plus ma fatigue s'accentuait, et plus mon arrivée à la maison et le coucher de mon fils seraient tardifs.
Aussi, en désespoir de cause, j'ai dû faire une chose qui est complètement contraire à mon éthique : j'ai acheté du carburant à une grande enseigne très connue qui osait afficher fièrement une obscénité du style « Votre hyper vous accueille lundi 12 mai 2008. ». Honte à moi, mais quand on doit gérer un jeune enfant qui a classe le lendemain, on est parfois obligé de mettre sa morale au vestiaire.
Je me dois cependant de vous souligner le comble de l'hypocrisie. Sur le parking du grand magasin figuraient des publicités pour des produits de commerce….. équitable ! Ces (CENSURE) qui ont privé des centaines de salariés de leur lundi de Pentecôte ont le front de prétendre nous donner des leçons d'achat responsable.
Cher lecteur, si vous souhaitez comme moi consommer responsable, commencez (du moins comme je m'efforce de le faire) par boycotter les enseignes qui ont ouvert leurs magasins hier, ou durant d'autres jours fériés. Le volontariat en matière de travail les jours fériés n'est pas si spontané : les gens redoutent les retombées sur leur emploi s'ils refusent de s'y soumettre.
Peut-être ne connaissez-vous personne, parmi vos amis, qui soit victime de ce genre d'employeur. Mais la situation de l'emploi s'aggrave tellement que dans un avenir plus ou moins proche, le salarié de la grande distribution privé de son foyer un jour férié, cela pourrait être un de vos proches. Cela pourrait être un ami, un membre de votre famille. Et… cela pourrait être vous-même.
S'il vous plait, de grâce, sanctionnez de telles enseignes. Boycottez-les. Vous avez ce pouvoir.
Précédent article sur la journée de la solidarité :
Voici une chanson que j'aime beaucoup, et qui est particulièrement de saison, comme vous pourrez en juger. Je vous avais déjà retranscrit un court extrait il y a quelques jours.
Comme je vais m'absenter quelques jours, je vous laisse, à défaut d'enregistrement vidéo, ce superbe texte à savourer sans modération jusqu'à la fin du pont !
M A I 6 8
La branche a cru dompter ses feuilles Mais l'arbre éclate de colère Ce soir que montent les clameurs Le vent a des souffles nouveaux Au royaume de France
Le peintre est monté sur les pierres On l'a jeté par la frontière Je crois qu'il s'appelait Julio Tout le monde ne peut pas s'appeler Pablo Au royaume de France
Et le sang des gars de Nanterre A fait l'amour avec la terre Et fait fleurir les oripeaux Le sang est couleur du drapeau Au royaume de France
Et plus on viole la Sorbonne Plus Sochaux ressemble à Charonne Plus Beaujon ressemble à Dachau Et moins nous courberons le dos Au royaume de France
Perché sur une barricade L'oiseau chantait sous les grenades Son chant de folie était beau Et fous les enfants de Rimbaud Au royaume de France
La branche a cru dompter ses feuilles Mais elle en portera le deuil Et l'emportera au tombeau L'automne ne fera pas de cadeau Au royaume de France.
Jean-Michel Caradec
D'autres textes de circonstance vous attendent, si vous cliquez sur le lien ci-dessous :
Voici déjà bien quelque temps que je ne me suis pas exprimée dans ces pages. Il faut dire qu'en ce moment je consacre beaucoup de temps à mes relations amicales (y compris sur la toile) et à mes activités associatives.
Mais surtout, il se trouve que tout ce que j'ai à dire sur ce mois de mai particulier, le quarantième anniversaire de Mai 68, eh bien je constate dans les médias que d'autres l'ont déjà dit, et en général bien mieux que je le ferais puisque, parfois, ils parlent de leur vécu. Sur ce sujet, donc, il y a peu de chance que j'aie quelque chose d'original à écrire dans les prochaines semaines.
Simplement, en voyant les images de cette époque, je me sens nostalgique. J'aurais aimé vivre ce Mai 68, du moins en tant qu'étudiante ou jeune travailleuse, puisqu'il est vrai que j'ai vécu Mai 68… dans ma poussette ! J'aurais aimé vivre cette communion avec des milliers de manifestants dans la rue, et avec des millions dans la presse (je n'ose supposer que j'aurais possédé un téléviseur). Oui, je vous avais prévenus, ce n'est guère original.
Ce qui m'a le plus frappée, en voyant les récents documentaires sur la révolution, c'est que celle-ci a su rassembler des étudiants, des fonctionnaires, et des salariés du secteur privé. Et il me semble bien que tous étaient solidaires.
Qu'en serait-il aujourd'hui, si c'était à refaire ? En regardant mes un peu plus de quarante années d'existence, j'ai l'impression qu'on s'est ingénié à diviser les citoyens, pour qu'un Mai 68 ne puisse plus se produire. Au fur et à mesure que les conditions de vie se durcissent, les boucs émissaires se multiplient : les demandeurs d'emploi, les jeunes, les habitants de cités, les fonctionnaires, les immigrés, et j'en oublie forcément.
De plus, le « chacun pour soi » a été sournoisement instillés dans nos modes de vie : le culte de la réussite, de l'image, du développement personnel… Il m'arrive même de me demander si certaines pratiques en vogue, basées sur l'observation de soi et l'épanouissement personnel, n'ont pas pour but de nous rendre encore un peu plus individualistes et moins à l'écoute de nos semblables. Comme par hasard, ces modes sont intervenues durant ces dernières décennies.
Enfin, ces dernières années, voire même ces derniers mois, des tentatives évidentes de division des citoyens ont pu être observées. Les cheminots ont été stigmatisés à travers leur régime de retraite, puis les fonctionnaires. On a également assisté à la montée de racismes jusqu'alors inexistants : anti-enseignant, anti-policier, etc.
Eh oui, nos pouvoirs publics peuvent dormir sur leurs deux oreilles : il est peu probable que les Français s'unissent à nouveau dans un mouvement de contestation efficace, parce qu'ils se détestent bien trop pour cela. Et c'est plus que regrettable, parce que les sujets de mécontentement citoyen ne manquent pas. On nous crache au visage en nous demandant des efforts en terme de rallongement des durées de cotisation pour les retraites, alors que d'autres font faire à leur salaire les bonds que vous savez. On se moque de nous en laissant le prix des carburants à la pompe grimper exponentiellement, alors qu'il suffirait d'une décision modificative à la loi de finances annuelle pour que le système de taxes indirectes sur lesdits carburants soit revu de manière à moins pénaliser les automobilistes.
Ah, si seulement nous pouvions retrouver la force de nous unir, pas forcément en organisant une grève massive qui aurait pour effet de nous appauvrir, mais pourquoi pas en faisant une grève de la consommation. Nous sommes, rappelons-le, une soixantaine de millions de consommateurs. Si nous pouvions, via Internet, nous mettre tous d'accord pour nous abstenir d'acheter tout produit non alimentaire (à part les carburants pour nous déplacer) et ce jusqu'à ce que les industriels forcent nos dirigeants à revoir leur copie, ce serait fantastique.
Cet article sur la coïncidence de deux jours fériés m'amène à rendre hommage à ma première collectivité-employeur, qui n'existe plus en tant que telle. En effet, l'équipe d'élus qui gérait cette mairie l'a perdue aux élections municipales de 1995, après trois mandats.
C'était à l'époque une ville communiste. Nous l'appellerons Rougeville, je trouve que cela lui allait bien, et le rouge est la couleur qu'utilisent les enfants quand ils dessinent un sourire ou un coeur.
A Rougeville, lorsqu'un jour férié tombait un samedi ou un dimanche, il était automatiquement récupéré. Mieux encore : si deux jours consécutifs étaient fériés, l'un des deux était récupéré, en raison du pont perdu. Par exemple, je n'ai plus le calendrier des années 90 en tête, mais je me souviens que si l'Ascension devait tomber le 7 mai, le pont qui en découlait (à Rougeville, on ne travaillait jamais le vendredi qui suivait l'Ascension) coïncidait avec le 8 mai. Aussi, le 8 mai était récupéré un autre jour.
Bien entendu, à Rougeville, les 35 heures ont été instaurées dès le début du 1er mandat de l'équipe municipale, en 1977. Par ailleurs, nous avions environ 6 semaines de congés, soit davantage que la plupart des salariés.
Tous ceux qui le désiraient pouvaient se rendre à la fac de droit la plus proche, un jour par semaine, pour y préparer des examens professionnels et des concours, et cela sans perte de salaire. En plus, l'essence et le repas étaient intégralement remboursés, ce qui fait que se former coûtait moins cher que travailler. Notre Maire, qui lui-même occupait de par sa profession un rang social élevé, tenait à ce que chacun de nous puisse avoir sa chance d'accéder au plus haut niveau possible. Comme la municipalité de Rougeville souhaitait encourager les moins motivés, chaque examen réussi, même très facile, donnait lieu à un échelon de rémunération supplémentaire.
Les réunions de Commissions paritaires étaient programmées pour avoir lieu le lendemain de la proclamation des résultats des concours administratifs, pour que nous soyons nommés instantanément. L'équipe municipale d'après 1995 n'a plus nommé les lauréats de concours et d'examens, mais a créé des emplois fonctionnels pour embaucher qui bon lui semblait. Pour cette raison, après la réussite de mon dernier concours, j'ai changé de collectivité. D'autres sont restés, parce qu'ils avaient des attaches, ou une maison… et ont renoncé au bénéfice de leur réussite à un concours ou un examen.
Par ailleurs le Maire de Rougeville n'oubliait pas le secteur privé. Il est allé soutenir des mouvements sociaux dans des entreprises locales.
Bien sûr, comme toutes les administrations, la mairie de Rougeville a eu à supporter son lot de tire-au-flan et de profiteurs parmi ses employés. En outre, cette collectivité généreuse a embauché de nombreuses personnes dites « éloignées de l'emploi » et la cohabitation avec certaines d'entre elles n'a pas toujours été facile. Mais dans l'ensemble, nous travaillions de bon cœur, dans une ambiance conviviale, et même je peux vous dire que nous avions tendance à faire bien plus que ce qui nous était demandé. Par ces quelques lignes, je voulais donc témoigner des bienfaits pour l'employeur d'une ambiance de travail bienveillante.
En 1995, un candidat aux élections municipales a en partie bâti sa campagne en attisant la haine de salariés maltraités dans le secteur privé contre les chanceux que nous étions. Cela a fonctionné, et la liste du candidat indélicat a remporté la mairie. ROUGEVILLE N'EST PLUS.