Puisque, ce dernier WE, des salariés ont manifesté contre d’autres salariés,
puisque l’opinion publique risque d’accuser des cheminots d’avoir incendié des ouvrages ferroviaires cette nuit,
puisque nous risquons un mini-conflit civil entre différentes catégories de travailleurs,
et pour de multiples autres raisons, je voudrais écrire ceci :
Ne nous laissons pas diviser. Nous sommes tous dans le même bateau, et ballotés entre les mêmes récifs. Nous risquons tous le même naufrage.
Et surtout, voici les différentes données qui me font supposer que tous les salariés ont un craindre un ennemi commun.
1/ On n’arrête pas de nous prêcher le non-recours à l’automobile, le déplacement minimum, etc, et pourtant, aucune disposition n’est prise pour instaurer ou favoriser le télétravail. Le télétravail limiterait les trajets, les émissions de gaz à effet de serre, et le risque routier. De plus, il permettrait de chauffer et d’éclairer moins de locaux, que ce soit au niveau de l’entreprise ou au niveau des structures périscolaires et des crêches. Alors, où est le problème ? Serait-ce, par hasard, qu’il soustrairait les salariés aux opérations de harcèlement moral et de déstabilisation psychologique ?
2/ La réforme de la carte judiciaire est d’abord dirigée contre la justice du travail. D’après la presse, elle concerne, grosso modo, un TGI sur huit, un TI sur trois, et surtout un conseil de prud’hommes sur deux ! Eh oui, d’habitude, on tend à mettre les conditions d’emploi des fonctionnaires au niveau de celles du secteur privé. Mais là, c’est l’inverse qui se produit : le traitement du contentieux du travail dans le privé deviendra aussi long que dans le secteur public. En effet, il n’y a pas de conseil de prud’hommes pour les fonctionnaires, et les litiges sont réglés au niveau des tribunaux administratifs. Ceux-ci sont engorgés par d’autres affaires, et un fonctionnaire victime d’une injustice ou d’une violence quelconque attend en général trois ans avant que son affaire soit jugée. Comme vous vous en doutez, la très grosse majorité des fonctionnaires renoncent à recourir à la justice quand ils sont agressés par leur employeur ou leur hiérarchie : trop de pressions, trop de chantages, et surtout trop de lenteur pour faire cesser tout ça.
Donc, avec la réforme de la carte judiciaire, salariés du privé et du public seront logés à la même enseigne face à la justice au travail. C’est tristement drôle : quand le privé a un régime de retraite moins favorable, on saborde celui du secteur public, et quand les fonctionnaires ont une justice moins efficace, on cherche à aligner celle des salariés du privé. Bref, on dirait qu’il n’existe pas d’autre logique que le nivellement par le bas.
3/ Il est très, très peu probable que ce soient des cheminots qui ont incendié des ouvrages ferroviaires. Ces sabotages vont leur occasionner un surcroît de travail, des désorganisations d’horaires de trains, des changements dans les plannings de trajets et d’astreinte, et que sais-je encore. Selon toute vraisemblance, il peut s’agir d’une action organisée (les feux ayant pris en même temps) dans le but d’attiser la haine des usagers contre les cheminots. Le but serait donc de diviser des salariés entre eux, pour leur faire oublier qu’ils sont tous victimes d’un système qui cherche à les casser, à casser leurs nerfs, à briser leur vie de famille (en les épuisant psychologiquement) et leurs enfants par la même occasion.
De grâce, il ne faut pas manifester les uns contre les autres. Nous avons, je me répète, un ennemi commun. Je ne sais pas si cet ennemi, c’est ce gouvernement, ou si celui-ci obéit à des ordres qui viennent de plus haut, d’une instance supranationale. L’idéal serait que nous soyons tous ensemble pour le démasquer, et pourquoi pas le neutraliser. Dans tous les cas, ne nous laissons pas entraîner dans la guerre civile qui nous pend au nez.
AB |