Tout comme vous, j'ai entendu parler de la mésaventure de la Société Générale. Je vais vous faire un aveu : je n'ai pas franchement envie de plaindre cette banque. En fait, il s'agit d'un des pires employeurs que j'ai connus en tant que salariée, et l'employé indélicat a toute ma compréhension !
A la fin des années 80, avant d'entrer dans la fonction publique, j'ai effectué un remplacement de congé de maternité dans une succursale de ce qui était à l'époque la filiale alsacomosellane de la Société Générale : la Sogenal (Société Générale Alsacienne de Banque).
Ah, ma mairie n'est pas un Eden, mais la Sogenal, c'était une toute autre histoire ! Je me souviens par exemple que celui qui reprenait son service à 13 h avec quelques instants de retard se prenait une réflexion idiote, mais qu'on aimait bien vous apporter un paquet de photocopies à faire à 16 h 55, prétendument urgentes. La notion de paiement ou de récupération d'heures supplémentaires était inexistante, du moins dans cette succursale.
Chose plus grave, il était (je sais que c'est très difficile à croire) interdit de prendre congé durant la première année de service. Vos droits s'accumulaient au fil des mois, mais on refusait de vous signer une feuille de congé, tout simplement. Celui qui tenait vraiment à prendre des vacances aurait été contraint de s'adresser au Prud'homme, mais bien entendu c'eût été plus pour la forme qu'autre chose, puisque l'été avait largement le temps de se terminer avant que votre dossier passe en jugement ! Bref, personne ne s'adressait nulle part et tous les employés, à ma connaissance, ont eu à subir cette année sans congé. A mon avis, cette privation de vacances n'avait rien à voir avec des nécessités de service ; je pense qu'elle était en vigueur dans le seul but de casser les gens dès leur arrivée.
Encore plus fort : les dirigeants de cette succursale refusaient d'allumer le chauffage avant la Toussaint. La plupart d'entre nous travaillions dans une salle commune vraiment très fraîche, et pas du tout ensoleillée, comportant peu de fenêtres pour des raisons de sécurité, disait-on. Nos dirigeants par contre avaient des bureaux chauffés. Je me souviens notamment du jour où l'un d'entre eux a placé un thermomètre à côté du moteur de la photocopieuse. Le mercure indiquait 17 ° (Celsius, encore heureux !) et j'ai entendu l'homme dire à un de ses collègues big-boss qui l'accompagnait que c'était bien suffisant pour des employés. Je n'ai pas jugé utile de relever cette phrase immonde, mais par contre j'ai fait observer aux deux hommes que la température dans la salle était forcément inférieure par rapport à celle relevée à côté d'un moteur. Et je l'ai déclaré bien haut et fort, devant tout le monde s'il-vous-plait.
On ne m'a pas renouvelé mon contrat… Tiens, pourquoi ? De toute façon, avant l'expiration de celui-ci, j'avais trouvé autre chose, puis est venu le concours d'entrée dans la fonction publique. Cela dit, j'avais un peu de mal à imaginer qu'une banque, aujourd'hui disparue, qui était aussi malhonnête envers ses salariés fût toujours un modèle de probité envers ses clients. Ah tiens, dernier détail, il était obligatoire pour les employés d'ouvrir un compte Sogenal et d'y faire virer son salaire… un peu comme si vous travailliez dans tel magasin et qu'on vous obligeait à y effectuer vos achats. |