Voici déjà bien quelque temps que je ne me suis pas exprimée dans ces pages. Il faut dire qu'en ce moment je consacre beaucoup de temps à mes relations amicales (y compris sur la toile) et à mes activités associatives.
Mais surtout, il se trouve que tout ce que j'ai à dire sur ce mois de mai particulier, le quarantième anniversaire de Mai 68, eh bien je constate dans les médias que d'autres l'ont déjà dit, et en général bien mieux que je le ferais puisque, parfois, ils parlent de leur vécu. Sur ce sujet, donc, il y a peu de chance que j'aie quelque chose d'original à écrire dans les prochaines semaines.
Simplement, en voyant les images de cette époque, je me sens nostalgique. J'aurais aimé vivre ce Mai 68, du moins en tant qu'étudiante ou jeune travailleuse, puisqu'il est vrai que j'ai vécu Mai 68… dans ma poussette ! J'aurais aimé vivre cette communion avec des milliers de manifestants dans la rue, et avec des millions dans la presse (je n'ose supposer que j'aurais possédé un téléviseur). Oui, je vous avais prévenus, ce n'est guère original.
Ce qui m'a le plus frappée, en voyant les récents documentaires sur la révolution, c'est que celle-ci a su rassembler des étudiants, des fonctionnaires, et des salariés du secteur privé. Et il me semble bien que tous étaient solidaires.
Qu'en serait-il aujourd'hui, si c'était à refaire ? En regardant mes un peu plus de quarante années d'existence, j'ai l'impression qu'on s'est ingénié à diviser les citoyens, pour qu'un Mai 68 ne puisse plus se produire. Au fur et à mesure que les conditions de vie se durcissent, les boucs émissaires se multiplient : les demandeurs d'emploi, les jeunes, les habitants de cités, les fonctionnaires, les immigrés, et j'en oublie forcément.
De plus, le « chacun pour soi » a été sournoisement instillés dans nos modes de vie : le culte de la réussite, de l'image, du développement personnel… Il m'arrive même de me demander si certaines pratiques en vogue, basées sur l'observation de soi et l'épanouissement personnel, n'ont pas pour but de nous rendre encore un peu plus individualistes et moins à l'écoute de nos semblables. Comme par hasard, ces modes sont intervenues durant ces dernières décennies.
Enfin, ces dernières années, voire même ces derniers mois, des tentatives évidentes de division des citoyens ont pu être observées. Les cheminots ont été stigmatisés à travers leur régime de retraite, puis les fonctionnaires. On a également assisté à la montée de racismes jusqu'alors inexistants : anti-enseignant, anti-policier, etc.
Eh oui, nos pouvoirs publics peuvent dormir sur leurs deux oreilles : il est peu probable que les Français s'unissent à nouveau dans un mouvement de contestation efficace, parce qu'ils se détestent bien trop pour cela. Et c'est plus que regrettable, parce que les sujets de mécontentement citoyen ne manquent pas. On nous crache au visage en nous demandant des efforts en terme de rallongement des durées de cotisation pour les retraites, alors que d'autres font faire à leur salaire les bonds que vous savez. On se moque de nous en laissant le prix des carburants à la pompe grimper exponentiellement, alors qu'il suffirait d'une décision modificative à la loi de finances annuelle pour que le système de taxes indirectes sur lesdits carburants soit revu de manière à moins pénaliser les automobilistes.
Ah, si seulement nous pouvions retrouver la force de nous unir, pas forcément en organisant une grève massive qui aurait pour effet de nous appauvrir, mais pourquoi pas en faisant une grève de la consommation. Nous sommes, rappelons-le, une soixantaine de millions de consommateurs. Si nous pouvions, via Internet, nous mettre tous d'accord pour nous abstenir d'acheter tout produit non alimentaire (à part les carburants pour nous déplacer) et ce jusqu'à ce que les industriels forcent nos dirigeants à revoir leur copie, ce serait fantastique.
"Perché sur une barricade
L'oiseau chantait sous les grenades
Son chant de folie était beau
Et fous les enfants de Rimbaud."
Jean-Michel Caradec
"Si la vie s'était comportée mieux
Elle aurait séparé en deux
Les paires de gants, les paires de claques
Elle aurait s^urement partagé
Les mots d'amour et les pavés
Les filles et les coups de matraque."
Maxime Leforestier
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