Printemps 1..6, 20ème jour
Aurore, tu t'appelais Aurore. Mais pour moi, prince du très lointain Orient, tu pourrais plutôt t'appeler Flamme-du-Crépuscule. Le soir, je contemple le flamboiement du ciel, au loin, et je me dis que tu reposes quelque part, en dessous des feux du couchant qui te font un rose et lumineux baldaquin.
Et je n'en peux plus de colère. Je me surprends même à jeter rageusement des objets au sol. Pourquoi toi ? On a coutume de dire que la roue tourne, et que tout se paye. Mais toi, qu'as-tu donc payé ? J'ai beau prendre mon petit tapis volant et voyager dans ton passé, ton ardoise est vierge, comme la plaine enneigée.
Je m'enfonce de plus en plus souvent dans la proche forêt, pour laisser éclater ce qui bouillonne en moi, loin des regards. Je crache de toute mon âme sur ce sommeil qui te tient prisonnière. Sur le chemin, je cueille parfois une épine, et je me l'enfonce à la base de la paume, pour tenter de comprendre ce que tu éprouvas. Un peu comme si j'espérais te soulager, rétrospectivement, d'une partie de la souffrance qui fut la tienne, ces quelques maudites dizaines de secondes.
Quelques dizaines de secondes, qu'est-ce que c'est long ! J'y pense tout le temps, tu sais. Tu perdis connaissance. Quel terrible cauchemar a pu hanter ton coeur pur lorsque ton sang a cessé d'apporter l'oxygène à ton cerveau ? Je connais très bien ce genre de cauchemar. C'est précisément celui que je fais quand j'arrête de respirer en dormant.
Ô ma belle, pourquoi toi ?
Illustration : http://souffledemots.blog.mongenie.com
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