Printemps 1..6, 30ème jour
Il n'y a pas que ton regard de lumière qui me fasse vibrer. En fait, mon meilleur ami, un jeune Elfe tout en sagesse et haut comme trois figues, m'a fait observer que ma sensibilité s'est exacerbée au cours de ces deux dernières semaines.
Non que je te pleure devant tout le monde, loin de là : j'aurais trop peur d'attrister mon entourage. Aux rares qui voient parfois une ombre de tristesse passer sur mon visage, je dis que j'ai perdu quelqu'un, voilà tout. Je m'abstiens de préciser à quel point ta fin est injuste et tragique, et je me garde bien de leur dire combien ta courte vie fut cruelle et semée d'embûches. Je leurs tais également que je ne t'ai connue ni d'Eve ni d'Adam, parce que je pense qu'ils auraient du mal à comprendre.
Au contraire, malgré l'intensité de mon désarroi et de ma consternation, je sens un bien-être étrange s'insinuer en moi. Pour reprendre les mots de mon Elfe de compagnon, je trouve tout "beau", tout "émouvant", tout "hallucinant". Quand je vois des gens s'échanger un geste amical, je me sens heureux. Je savoure les rires des enfants. Mon coeur bondit de joie lorsque des amoureux s'embrassent.
Comme c'est inattendu, mon amour. Malgré le deuil qui me tenaille depuis que je t'ai vue tomber, un bonheur s'installe, chaque jour plus profondément, en moi.
Image : http://lejournaldunecantilienne.unblog.fr/2008/11/06/ |