Printemps 1..6, 60ème jour
Je ne sais plus quoi penser. Ce qui est sûr, c'est que la musique est hors de cause. Aujourd'hui, alors que je n'entendais aucune mélodie, la caresse intérieure s'est fait sentir une nouvelle fois. J'ai de plus en plus souvent l'impression que tu es présente à mes côtés, dans l'air, autour de et dans moi.
Cela va à l'encontre de mes croyances et de l'éducation pragmatique que l'on m'a inculquée. Se pourrait-il que les prêtres de ma jeunesse m'aient trompé ? Ou qu'ils se soient trompés eux-mêmes ? Qu'ils aient mal lus les textes sacrés ? Que je les aie mal lus également ? Que ces gens aient orienté mon entendement, tandis que je lisais ?
Se pourrait-il qu'il existe une autre réalité, invisible celle-là, et qui soit compatible avec l'ordonnancement du monde visible ? Que l'humanité, présente et passée, forme un tout indivisible ? Serions-nous tous unis par un lien sacré, nous tenant l'un l'autre pour avancer vers un même Eden ? Après tout, nous connaissons déjà des états qui défient les lois de la physique. Quand on est porté par la joie, on est en apesanteur. Quand on tombe en amour, il n'y a pas de poussée d'Archimède.
Plus troublante encore est la question de l'opportunité. Si je suppose que tu sois devenue entité invisible, pourquoi donc viendrais-tu te perdre par ici, dans ce coin perdu ? Mon palais est merveilleux, certes, mais il est bien exigu et modeste. Je me trouve à des milliers de kilomètres de ta douce France, et en plus je ne suis même pas beau. Tu as assurément des foules de personnes plus intéressantes à connaître : tous ceux qui t'ont vue un jour sont éblouis, et prêts à t'accueillir dans leur vie.
Et pourtant, malgré toutes ces incohérences, je ressens ta présence de manière si insistante que je ne connais plus la solitudes les soirs où l'Elfe sage visite les alentours. Lorsque j'éteins les lumières, je ne redoute plus les ombres et les reflets dans l'obscurité. J'avance sans aucune crainte dans le noir, heureux de soulager notre mère la Terre de quelques photons. Je m'endore, presque heureux, et chaque matin, je m'éveille avec le tendre sentiment d'être accompagné.
Ô mon amour, tout cela est absurde. Mon imagination me joue de drôles de tours, et je commence à être conscient que tu me manques.
Illustration : forum.doctissimo.fr/sante/La-Salle-Detente/fr
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