Printemps 1..6, 82ème jour
Je viens de remarquer, posée sur la table, la bouteille d'élixir de jasmin. Je réalise que son niveau n'a pas baissé depuis cinq jours : j'ai perdu l'habitude de boire - du jour au lendemain. Pendant que je savoure ta présence, j'en oublie de siroter le breuvage au goût suave, tout simplement.
Je constate avec une joie étonnée que c'est la même bouteille qui se trouve là depuis près d'une semaine, que je n'ai pas eu à me rendre à l'échoppe pour la renouveler. Et déjà, je commence à sentir le réveil de mon corps libéré.
Aurore !
J'ignore si tu as soigné ma légère- mais réelle - dépendance, mais ce dont je suis sûr, c'est que tu l'as remplacée. Tu l'as fait sortir de moi et tu as occupé l'espace.
Sans doute as-tu souffert de tes propres addictions un petit peu plus que tu ne te l'avouais, si aujourd'hui tu juges utile de revenir et de faire tomber celles des autres. De penser que tu aies pu être mal un jour, j'en ai les yeux qui se mouillent ; ce n'est guère original, mais c'est ainsi. Et au delà de cette brume de tristesse qui m'envahit, je suis éperdu de reconnaissance.
Aurore !
Mon pas devient chaque jour plus sûr. Moi, l'enfant maudit qui n'a jamais su plaire à ses parents, quelle qualité cachée ai-je donc pour avoir pu m'attirer la sympathie d'un être aussi merveilleux que toi ?
Aurore ! ...
Ô toi mon amour, à chaque instant je suis davantage ébahi de la force et de la confiance que tu me donnes.
Illustration : www.petitchaperonrouge.com
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