"...J'ai vu pousser des barricades J'ai vu pleurer mes copains J'ai entendu les grenades Tonner au petit matin J'ai vu ce que tu faisais Du peuple qui vit pour toi J'ai connu l'absurdité De ta morale et de tes lois
J'ai chanté dix fois, cent fois J'ai hurlé pendant des mois J'ai crié sur tous les toits Ce que je pensais de toi Société, société tu n'm'auras pas..."
Renaud
Bon, nourrir cet idéal, c'est une chose, mais pouvoir le tenir, c'en est une autre.
En guise de piqûre de rappel, voici un petit bijou d'humour noir, pour que nous n'oubliions pas les conditions difficiles que vivent certaines parmi nous (au fait, ont-elles accès à Internet ? il m'arrive d'en douter).
Si ce n'est pas déjà fait, vous pouvez lire un article très complet sur les violences subies par les femmes, suivi de dizaines et de dizaines de commentaires sur le blog de La Passante :
Mille mercis à mon amie Brigitte qui m'a transmis ce texte, que je vous reproduis ci-dessous :
"Les commémorations officielles des 40 ans de mai 68 doivent beaucoup à Nicolas Sarkozy.
En affirmant qu'il voulait « liquider mai 68 » celui-ci a en effet réveillé une envie de vérité sur ce que fut la plus grande grève générale de l'histoire de France et peut-être du monde. Après tout, vouloir en liquider le souvenir, c'est le meilleur hommage à lui rendre : cela prouve que 40 ans après, mai 68 est encore présent au point qu'il obsède encore l'actuel président, la droite, le patronat, ses caisses noires.
Du coup les commémorateurs médiatiques officiels, ayant senti le danger, ne présentent plus mai 68 que sous son jour mondain, historiquement déformé, dénaturé. On a droit aux Serge July, Daniel Cohn-Bendit, Laurent Joffrin, Romain Goupil sans souci de leur trajectoire inversée. Serge July explique que « mai 68 c'est la dernière grande grève du XIX° siècle ».
Cohn-Bendit répète « Oubliez Mai 68 ». Joffrin fait un journal droitier qui se prétend indûment l'héritier de mai 68. Goupil approuve l'intervention de Bush en Irak avec l'autre soixante-huitard Bernard Kouchner passé de l'autre coté de la barrière. France inter organise le 22 mars, entre la Sorbonne et l'Odéon, une journée avec tous ces gens là sans même donner la parole à un seul syndicaliste. Ladite journée se conclut par le « téléphone sonne » consacré à un vieux débat entre Albin Chalandon et Jean-Jacques Servan-Schreiber, revu et commenté par Laurent Joffrin. On a vu des télés laisser monopoliser la parole sur mai 68 par des Max Gallo, Glucksman père et fils, et autres Tillinac.
En fait Nicolas Sarkozy ne veut pas « liquider » le mai 68 mondain, il orchestre même sa mise en médias : n'a t il pas pris Kouchner le va t-en guerre extrémiste, dans son gouvernement ? Un tiers mondiste, deux tiers mondains ? Non, ce qu'il craint c'est le mai 68 social, pas celui des étudiants mais celui des 9 à 11 millions de grévistes.
Tout le monde aurait oublié les étudiants, les barricades de Gay-Lussac, s'il n'y avait pas eu l'immense grève générale salariale.
Par exemple, je suis allé manifester aux côtes de Rudy Dutschke à Berlin en février 68 : le mouvement étudiant allemand était beaucoup plus fort que le mouvement étudiant français, mais personne ne s'en souvient car il n'y a pas eu de mouvement du salariat allemand de l'ampleur du mai 68 français.
Mai 68 ce n'est pas résumable aux barricades étudiantes !
D'ailleurs les premières barricades de 1968 sont ouvrières : fin janvier 1968 c'est à Caen qu'elles commencent pendant huit jours avec des manifestations à répétition, barricades et grèves de jeunes ouvriers de la Saviem, de Ferrodo, de Moulinex, qui mettent la ville en état de siége.
Mai 68 est le produit d'un long processus de luttes sociales qui commence en 1963 avec la grève des mineurs qui, en trois mois, en dépit de la réquisition de de Gaulle, finit par obtenir le 5 avril, 11 % d'augmentation de salaires. C'est un signal déclencheur pour quatre ans de luttes montantes, le nombre de jours de grèves, de grévistes, la durée des grèves, les formes de luttes vont aller croissantes. En 1966 et 1967, il y a deux « 17 mai », deux journées nationales d'action unitaires CGT, CFDT, FO, FEN massivement suivies contre les ordonnances anti-sécurité sociale de Georges Pompidou. Elles mobilisent deux fois 1 à 2 millions de personnes. En mars 1967, aux élections législatives, la gauche manque la majorité au Parlement d'un seul siége. Dans ces années-là, les conflits célèbres et durs se multiplient comme à Redon ou à Rhodiaceta.
Les signes annonciateurs sont là : seul un journaliste du Monde comme Pierre Viansson-Ponté ne les voit pas, il écrit en février « la France s'ennuie » alors que la France entière est prête à exploser.
Au début l'explosion n'est en effet qu'un mouvement radical de la jeunesse scolarisée, qui porte à la fois des questions universitaires et scolaires et anti hiérarchiques. Cela occupe le terrain d'avril à début mai, avec l'apogée de la « nuit des barricades » du 10 mai. Mais tout bascule surtout les 15, 16 et 17 mai, quand une vague sans précédent profite de l'occasion pour parcourir tout le pays : de Sud-Aviation à Renault-Cléon, dans toutes les entreprises du pays, par millions, tous les salariés entrent dans un vaste mouvement de grève prolongé pour les salaires, les conditions de travail, la durée du travail. C'est ce qui provoque la crise du régime sur le point se s'effondrer. Le général de Gaulle ne comprend rien à ce qui se passe, il ordonner la répression et même de tirer sur la foule, n'est même pas suivi par son premier ministres et ses préfets, à en douce, va chercher l'armée, puis revient, et profitant de l'incapacité de la gauche à se mettre d'accord, à demander des élections, à proposer une issue politique, prend le premier l'initiative de dissoudre l'assemblée nationale.
Pendant ce temps-là, le gouvernement Pompidou négocie et fait d'importantes concessions de salaires, d'amélioration de conditions de travail, de droit syndical, de promesses de réduction de la durée du travail à Grenelle. Bien que les avantages soient grands, les salariés estiment n'en avoir pas assez et continuent trois semaines de plus, par millions, la grève.
C'est la plus grande grève de l'histoire de France et sans doute du monde. Tous sont touchés, industrie et services, métallos, chimistes, cinéastes, gardiens de musée, joueurs de foot, chirurgiens dentistes ou infirmières, enseignants et gardiens de prison. Partout un véritable soulèvement social massif effraye le patronat.
Au point que 40 ans après, la force propulsive de mai 68 n'est pas épuisée. Mai 68, en fait, c'est la première grande grève du XXI° siècle.
On n'a cessé d'en revoir le scénario, en mars 1973 contre la loi Debré, en 1976 et 1979 à l'université et dans la sidérurgie, en 1986 avec la mort de Malik Oussekine, le retrait du plan Devaquet et la grande grève qui a suivi, en 1994 avec la grande manifestation contre Bayrou et celles contre le CIP, en novembre décembre 1995 contre le plan Juppé, en 2003 contre les scélérates lois Fillon contre les retraites, en 2006 contre le CPE.
La vie sociale profonde de notre vie rete encore structurée par les effets profonds de la grande grève de mai 68. La victoire de la gauche en 1981 est un effet différé de mai 68. La victoire de Lionel Jospin en 1997 est un effet différé de nov-déc 95.
C'est cela qui effraie Sarkozy et lui a fait défier, calomnier, dénaturer mai 68 : il a raison car c'est une grande grève générale de ce type qui stoppera l'ensemble de la politique intégriste, néo libérale réactionnaire qu'il met en oeuvre depuis cinq ans.
A nous d'y travailler dans l'unité de toute la gauche !
Gérard Filoche, le 31 mars 2008
Auteur de « mai 68 histoire sans fin, liquider mai 68, même pas en rêve » Ed. JC Gawsevitch 480 p 23 euros"
Hier, lors d'un long trajet en voiture, je me suis retrouvée à Besançon, ville que je n'ai pas le plaisir de connaître, à la recherche d'une pompe à essence. Je suis d'abord tombée sur une station fermée, puis sur un supermarché d'une enseigne qui n'a pas respecté le lundi de Pentecôte… vous savez que j'ai le boycott facile. Seulement voilà, plus je tournais en rond à la recherche d'un supermarché avec station de carburants, plus ma jauge baissait, plus ma fatigue s'accentuait, et plus mon arrivée à la maison et le coucher de mon fils seraient tardifs.
Aussi, en désespoir de cause, j'ai dû faire une chose qui est complètement contraire à mon éthique : j'ai acheté du carburant à une grande enseigne très connue qui osait afficher fièrement une obscénité du style « Votre hyper vous accueille lundi 12 mai 2008. ». Honte à moi, mais quand on doit gérer un jeune enfant qui a classe le lendemain, on est parfois obligé de mettre sa morale au vestiaire.
Je me dois cependant de vous souligner le comble de l'hypocrisie. Sur le parking du grand magasin figuraient des publicités pour des produits de commerce….. équitable ! Ces (CENSURE) qui ont privé des centaines de salariés de leur lundi de Pentecôte ont le front de prétendre nous donner des leçons d'achat responsable.
Cher lecteur, si vous souhaitez comme moi consommer responsable, commencez (du moins comme je m'efforce de le faire) par boycotter les enseignes qui ont ouvert leurs magasins hier, ou durant d'autres jours fériés. Le volontariat en matière de travail les jours fériés n'est pas si spontané : les gens redoutent les retombées sur leur emploi s'ils refusent de s'y soumettre.
Peut-être ne connaissez-vous personne, parmi vos amis, qui soit victime de ce genre d'employeur. Mais la situation de l'emploi s'aggrave tellement que dans un avenir plus ou moins proche, le salarié de la grande distribution privé de son foyer un jour férié, cela pourrait être un de vos proches. Cela pourrait être un ami, un membre de votre famille. Et… cela pourrait être vous-même.
S'il vous plait, de grâce, sanctionnez de telles enseignes. Boycottez-les. Vous avez ce pouvoir.
Précédent article sur la journée de la solidarité :
Voici une chanson que j'aime beaucoup, et qui est particulièrement de saison, comme vous pourrez en juger. Je vous avais déjà retranscrit un court extrait il y a quelques jours.
M A I 6 8
La branche a cru dompter ses feuilles Mais l'arbre éclate de colère Ce soir que montent les clameurs Le vent a des souffles nouveaux Au royaume de France
Le peintre est monté sur les pierres On l'a jeté par la frontière Je crois qu'il s'appelait Julio Tout le monde ne peut pas s'appeler Pablo Au royaume de France
Et le sang des gars de Nanterre A fait l'amour avec la terre Et fait fleurir les oripeaux Le sang est couleur du drapeau Au royaume de France
Et plus on viole la Sorbonne Plus Sochaux ressemble à Charonne Plus Beaujon ressemble à Dachau Et moins nous courberons le dos Au royaume de France
Perché sur une barricade L'oiseau chantait sous les grenades Son chant de folie était beau Et fous les enfants de Rimbaud Au royaume de France
La branche a cru dompter ses feuilles Mais elle en portera le deuil Et l'emportera au tombeau L'automne ne fera pas de cadeau Au royaume de France.
Jean-Michel Caradec
D'autres textes de circonstance vous attendent, si vous cliquez sur le lien ci-dessous :
Voici déjà bien quelque temps que je ne me suis pas exprimée dans ces pages. Il faut dire qu'en ce moment je consacre beaucoup de temps à mes relations amicales (y compris sur la toile) et à mes activités associatives.
Mais surtout, il se trouve que tout ce que j'ai à dire sur ce mois de mai particulier, le quarantième anniversaire de Mai 68, eh bien je constate dans les médias que d'autres l'ont déjà dit, et en général bien mieux que je le ferais puisque, parfois, ils parlent de leur vécu. Sur ce sujet, donc, il y a peu de chance que j'aie quelque chose d'original à écrire dans les prochaines semaines.
Simplement, en voyant les images de cette époque, je me sens nostalgique. J'aurais aimé vivre ce Mai 68, du moins en tant qu'étudiante ou jeune travailleuse, puisqu'il est vrai que j'ai vécu Mai 68… dans ma poussette ! J'aurais aimé vivre cette communion avec des milliers de manifestants dans la rue, et avec des millions dans la presse (je n'ose supposer que j'aurais possédé un téléviseur). Oui, je vous avais prévenus, ce n'est guère original.
Ce qui m'a le plus frappée, en voyant les récents documentaires sur la révolution, c'est que celle-ci a su rassembler des étudiants, des fonctionnaires, et des salariés du secteur privé. Et il me semble bien que tous étaient solidaires.
Qu'en serait-il aujourd'hui, si c'était à refaire ? En regardant mes un peu plus de quarante années d'existence, j'ai l'impression qu'on s'est ingénié à diviser les citoyens, pour qu'un Mai 68 ne puisse plus se produire. Au fur et à mesure que les conditions de vie se durcissent, les boucs émissaires se multiplient : les demandeurs d'emploi, les jeunes, les habitants de cités, les fonctionnaires, les immigrés, et j'en oublie forcément.
De plus, le « chacun pour soi » a été sournoisement instillés dans nos modes de vie : le culte de la réussite, de l'image, du développement personnel… Il m'arrive même de me demander si certaines pratiques en vogue, basées sur l'observation de soi et l'épanouissement personnel, n'ont pas pour but de nous rendre encore un peu plus individualistes et moins à l'écoute de nos semblables. Comme par hasard, ces modes sont intervenues durant ces dernières décennies.
Enfin, ces dernières années, voire même ces derniers mois, des tentatives évidentes de division des citoyens ont pu être observées. Les cheminots ont été stigmatisés à travers leur régime de retraite, puis les fonctionnaires. On a également assisté à la montée de racismes jusqu'alors inexistants : anti-enseignant, anti-policier, etc.
Eh oui, nos pouvoirs publics peuvent dormir sur leurs deux oreilles : il est peu probable que les Français s'unissent à nouveau dans un mouvement de contestation efficace, parce qu'ils se détestent bien trop pour cela. Et c'est plus que regrettable, parce que les sujets de mécontentement citoyen ne manquent pas. On nous crache au visage en nous demandant des efforts en terme de rallongement des durées de cotisation pour les retraites, alors que d'autres font faire à leur salaire les bonds que vous savez. On se moque de nous en laissant le prix des carburants à la pompe grimper exponentiellement, alors qu'il suffirait d'une décision modificative à la loi de finances annuelle pour que le système de taxes indirectes sur lesdits carburants soit revu de manière à moins pénaliser les automobilistes.
Ah, si seulement nous pouvions retrouver la force de nous unir, pas forcément en organisant une grève massive qui aurait pour effet de nous appauvrir, mais pourquoi pas en faisant une grève de la consommation. Nous sommes, rappelons-le, une soixantaine de millions de consommateurs. Si nous pouvions, via Internet, nous mettre tous d'accord pour nous abstenir d'acheter tout produit non alimentaire (à part les carburants pour nous déplacer) et ce jusqu'à ce que les industriels forcent nos dirigeants à revoir leur copie, ce serait fantastique.
Le refrain de la chanson des Restos du Coeur dit :
"Je n'te promets pas le Grand Soir"
Dommage...
Cela dit, ce blog n'a pas pour objet de commenter la politique, l'économie et l'actualité : d'autres le font bien mieux que moi.
Disons simplement que lorsque tel évènement m'inspire une pensée autre que celles déjà énoncées par les médias, je prends mon clavier pour la partager. Idem pour les textes, les vidéos qui m'interpellent.
Ann'Ar ou plus simplement Annar
I L L U S T R A T I O N S
Fond : Pluie de Léonides de 1966
Coquillage : http://pititejo.blog.mongenie.com
M U S I Q U E
Maurane - "Enfant des Etoiles"