Bonsoir Noémie,
Comme promis, je te réponds à propos de la chanson « Né en 17 à Leidenstadt » de Jean-Jacques Goldman.
Pour commencer, voici, pour mémoire le texte de la chanson :
Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt Sur les ruines d'un champ de bataille Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens Si j'avais été allemand ?
Bercé d'humiliation, de haine et d'ignorance Nourri de rêves de revanche Aurais-je été de ces improbables consciences Larmes au milieu d'un torrent ?
Si j'avais grandi dans les docklands de Belfast Soldat d'une foi, d'une caste Aurais-je eu la force envers et contre les miens De trahir, tendre une main ?
Si j'étais née blanche et riche à Johannesburg Entre le pouvoir et la peur Aurais-je entendu ces cris portés par le vent Rien ne sera comme avant ?
On saura jamais c'qu'on a vraiment dans nos ventres Caché derrière nos apparences L'âme d'un brave ou d'un complice ou d'un bourreau ? Ou le pire ou le plus beau ? Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d'un troupeau S'il fallait plus que des mots ?
Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt Sur les ruines d'un champ de bataille Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens Si j'avais été allemand ?
Et qu'on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps D'avoir à choisir un camp
Le texte est suivi, sur le site www.parler-de-sa-vie.net/chansons/1990_06.html, d'une discussion fort intéressante, mais qui fait référence à des données dont les lycéens et collégiens n'ont sûrement pas encore eu l'occasion d'entendre parler. Je pense que c'est la raison pour laquelle tu m'as laissé un message pour demander d'autres explications.
Voici également les explications données par Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9_en_17_%C3%A0_Leidenstadt) :
« Né en 17 à Leidenstadt est une chanson écrite par Jean-Jacques Goldman. Elle a été interprétée deux fois par Goldman seul, et par Goldman avec Carole Fredericks et Michael Jones, chacun ayant une partie bien précise. Une version anglaise existe dans laquelle Fredericks et Jones chantent donc dans leur langue natale.
Dans cette chanson, l'interprète se demande s'il aurait agi différemment s'il avait été à la place des Allemands après la défaite de la Première Guerre mondiale et pendant la montée du nazisme (en précisant que l'auteur, Jean-Jacques Goldman est d'origine juive polonaise et que sa mère est allemande), ou à la place des Nord-Irlandais dans la guerre civile, ou enfin plus solidaire des Noirs si née blanche et riche à Johannesbourg, ce qui est une référence à l'apartheid en Afrique du Sud.
La chanson est donc une interrogation sur la difficulté de résister à l'oppression ou la pauvreté lorsque l'on se trouve du côté des oppresseurs ou des dominants.Leidenstadt est une ville imaginaire dont le nom est formé par les mots allemands:
die Leiden, les souffrances.
die Stadt, la ville. » (fin de l'article Wikipedia)
Donc, la chanson parle de trois situations : le nazisme en Allemagne, la guerre de religion en Irlande du nord, et l'apartheid en Afrique du sud. Voici en gros le contexte de ces trois situations tragiques.
Quand l'armistice a été signée en 1918, mettant fin à la 1ère guerre mondiale, les pays vainqueurs ont en quelque sorte infligé des « sanctions » à l'Allemagne vaincue, notamment (c'est du moins ce que j'ai retenu de mes cours d'histoire) l'occupation d'une vallée industrielle, la Ruhr. Ces pénalités ont eu des conséquences dramatiques pour l'économie allemande. Quelques années plus tard, une crise économique mondiale (la crise de 1929) est venue aggraver la situation. Le peuple allemand a fini par connaître la misère et la faim, et tu peux imaginer avec quelle facilité un homme politique, en l'occurrence Hitler, a pu se présenter comme un sauveur et désigner des boucs émissaires. Elu en 1933 si mes souvenirs sont exacts, il s'est révélé par la suite être un dictateur cruel, qui a commis et fait commettre les crimes que l'on sait.
Donc, si tu étais née en 1917 dans cette Allemagne en souffrance (Leidenstadt) tu aurais été en pleine adolescence en 1933, à l'époque où Hitler s'est mis à haranguer le peuple allemand. Et justement, le dictateur ciblait tout particulièrement la jeunesse. En plein dans l'âge de la révolte, et affamée, tu n'aurais peut-être pas été en mesure de percevoir que tu avais affaire à un dangereux fanatique. Tu aurais, de par le contexte de l'époque, été bercée d'humiliation (dans un pays vaincu et pénalisé par les pays vainqueurs) de haine (pour la même raison, et à cause de la misère) et d'ignorance (n'ayant pas le recul nécessaire pour y voir clair) et nourrie de rêves de revanche (toujours à cause de la défaite allemande). Quant à ceux qui ont osé contrer la dictature, ils étaient tellement peu nombreux qu'ils étaient comparables à des larmes à côté d'un torrent.
On en vient à la guerre civile en Irlande du nord. Il s'agit d'un conflit qui oppose les catholiques et les protestants. Une foi, c'est une religion. Une caste, c'est un groupe de personnes du même rang social. Donc, si tu étais catholique en Irlande du nord, est-ce que tu oserais tendre la main à un protestant, ou inversement, si tu étais protestante, est-ce que tu oserais parler à des catholiques, sachant que tu encours la désapprobation de ta famille, de tes proches ? Voilà la question posée par le 3ème couplet.
L'apartheid, c'est un régime qui a été en vigueur durant bien des dizaines d'années (de 1948 à 1991) en Afrique du Sud. Dans ce régime, les Noirs n‘avaient pratiquement aucun droit, et ils vivaient dans la misère. Johannesburg est une grande ville d'Afrique du sud. Donc la question est : si tu avais été blanche, et riche, sous le régime de l'apartheid, est-ce que tu aurais été sensible au sort de tes voisins noirs ?
Le couplet suivant dit que comme nous avons la chance de vivre dans un contexte de paix, nous ne pouvons pas savoir comment nous réagirions dans un contexte de guerre ou d'injustice, en particulier si nous étions parmi les plus forts. Le bourreau, c'est le criminel qui inflige le mal. Le brave, c'est celui qui ose faire acte de résistance. Et il y a tous les autres, ceux qui n'osent pas, et deviennent donc les complices des bourreaux, les moutons du troupeau le jour où la situation devient grave au point de nécessiter non plus des mots mais des actes.
La conclusion, c'est qu'il faut souhaiter pouvoir continuer à vivre dans ce contexte de paix et de relative égalité.
Voilà, chère Noémie, j'espère avoir pu t'aider, et je te souhaite une très bonne nuit.
Annar
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