Pas de long article cette nuit, mais laissez-moi vous dire, chers amis, à quel point notre communication blogaire me porte et me fait plaisir.
Je n'aurai pas l'occasion de me connecter, les semaines à venir, mais je penserai bien à vous. Merci à toi Laylà, pour ton amitié constante et chaleureuse, et pour ta spiritualité communicative. Merci à vous, les Amoureux niçois, pour votre présence affectueuse et vos petits mots doux. Merci à toi, Père Cantoche, pour ta bonne humeur contre vents et marées, et pour ta gentillesse. Merci à toi, Lily, pour tes messages pleins de poésie et d'amitié. Merci à vous tous, qui passez par là...
Ma petite famille va une fois encore goûter aux charmes celtes de la Bretagne, en espérant que cette année ce charme envoûtant ne sera pas trop pluvieux...
Dans quelques jours, le 26, ce sera ma fête. La fête des Annar, des Anne, des Hannah, des Annie et Annick, des Annette, etc, etc. Aussi, je vous laisse avec la chanson "Grace", traduction littérale de mon prénom, ci-dessous en vidéo (clic sur le titre de cet article ou sur le lecteur musical d'accueil pour l'arrêter).
La grâce, c'est un état d'esprit situé au plus haut degré du positif. C'est cette disposition de coeur qui permet de voir la beauté de toute chose, et même de voir dans une personne hostile un être humain semblable à soi. La grâce, c'est comme un voile de beauté posé sur tout ce qu'on voit autour de soi de façon matérielle, et sur tout ce qu'on perçoit de façon spirituelle.
J'ai mis longtemps à comprendre le sens de mon prénom, mais à présent j'aime le porter. Bonne fête à toutes mes soeurs Anne ! Et surtout, merci à ceux qui ont compris tout cela avant moi et qui ont eu la patience de me l'expliquer...
Je souhaite de très bonnes vacances à ceux qui en prennent, et, à tous, un merveilleux été.
Ah oui, ne tardez pas trop à visionner la vidéo : la maison de disques a tendance à les effacer de Youtube.
Chers lecteurs, nous sommes arrivés à un moment charnière du conte revisité de la Belle au Bois dormant : l'instant où le narrateur prend conscience de sa relation précieuse avec la très sympathique revenante Aurore.
Les chapitres qui suivront raconteront comment le prince oriental va découvrir progressivement une sorte de paradis sur terre, se laissant guider en toute confiance par sa bien aimée. Celle-ci va en quelque sorte le prendre par la main et le conduire, par une voie de lumière, dans un monde de beauté.
J'aurais aimé achever d'écrire l'histoire avant mon départ en vacances vers une destination d'où je ne pourrai pas poster d'articles. Mais il s'agit de la partie la plus importante du conte, et je ne voudrais surtout pas en omettre l'un ou l'autre détail. Aussi, je vais prendre le temps de la rédiger, les yeux remplis d'azur face à l'océan, durant les semaines où je serai éloignée de mon clavier.
Rendez-vous donc au mois d'août, pour la partie la plus romantique de la relation entre deux personnes, l'une visible, l'autre non.
Et puis, je dois vous avouer une chose, de vous à moi, mes très chers amis lecteurs : dans la communication mystérieuse entre ces deux êtres, je ne comprends pas tout. Peut-être ce séjour dans la mystique Bretagne va-t-il m'apporter quelques éclaircissements, qui sait ?
Pourquoi le prince charmant entre-t-il en relation avec Aurore si longtemps après qu'elle ait quitté ce monde ?
Pourquoi Aurore s'est-elle donné tant de mal pour communiquer avec quelqu'un qui ne croyait pas aux fantômes ?
Le prince a-t-il découvert par hasard Aurore, ou bien est-ce elle qui l'a amené à la découvrir ? Et dans la seconde hypothèse, pour quelle raison ? Comment choisit-elle ses amis sur terre ?
Mais j'ai ma petite idée là-dessus. A suivre donc, début août...
Hier, je suis allée nettoyer ma voiture dans un centre de self-lavage, avec karcher et aspirateurs à monnayeurs. Seulement, j'avais prévu une pièce de deux euros, et l'aspirateur n'acceptait que les pièces de un euro.
Comme deux jeunes gens, un garçon et une fille, venaient de terminer de laver leur voiture, je leur ai demandé s'ils n'avaient pas deux pièces de un euro. Non, il n'avaient pas de monnaie sur deux euros.
Je fermais ma voiture pour aller à pied jusqu'à un magasin voisin pour faire de la monnaie, lorsque la voiture m'a rejointe. Les jeunes gens m'ont donné une pièce de un euro. J'ai voulu leur donner mes deux euros, mais ils ont refusé en redisant qu'ils n'avaient pas la monnaie sur deux euros.
Je n'ai pas eu le temps de réagir, et de leur lancer ma pièce dans la voiture, qu'ils avaient déjà filé.
Ce geste tout simple a illuminé un coin de ma vie. Imaginez un peu que chacun, chaque jour, ait l'occasion de recevoir au moins un geste comme celui-là... la face de la société ne s'en trouverait-elle pas changée ?
Je crois que ce sont des petits gestes comme celui-là qui pourront sauver le monde un jour.
Cette nuit, j'ai fait un début de cauchemar, avec une issue heureuse, un drôle de rêve où finalement une force invisible vola à mon secours, me soutrayant à d'inquiétants poursuivants. Je me suis réveillé à trois heures passé : chez toi, c'était encore le soir. Troublé mais rassénéré, je me suis rendormi.
Ce matin, je fus tiré doucement du sommeil par cette impression, devenue familière, d'être bercé dans des bras aimants. Alors, j'ai pensé à ta mère, presque centenaire, je me suis senti honteux. J'ai rassemblé mes connaissances linguistiques, et je t'ai bredouillé quelques mots en français : "Non, non, ne t'attarde pas ici. Ta mère a bien plus besoin de toi que moi. C'est la nuit, dans sa demeure, et je suppose qu'elle ne trouve pas le sommeil. Va vers elle, je t'en prie, va vers elle."
L'étreinte se resserra.
Oui, vraiment, cela s'est passé ainsi. Donc, de trois choses l'une : ta mère dormait, ou bien tu détiens le don d'ubiquité, ou encore tu te déplaces à la vitesse de la pensée, ou du moins bien plus rapidement que mon tapis volant.
Une chose est sûre, c'est que tu m'as entendu. Donc, serait-ce que tu ne dors pas ? Tu es réveillée, ma Belle au Bois dormant ? Mais ma parole, tu es vivante ? Oui ? Oh, que Dieu soit sept-cent soixante-dix-sept-mille fois loué ! Mon amour, tu vis ! Comment ai-je pu tant tarder à l'admettre ? Comment ai-je pu refuser de te percevoir, toi, si évidente aujourdh'ui ?
Mais alors, tout ce que j'ai pu t'avouer comme amour depuis le début, tu as tout entendu ? Et tu ne te moques pas ? Comme je t'aime, incomparable Aurore. Et lorsque j'épanchais ma consternation dans les chemins retirés, ou dans le secret de ma chambre, tu me voyais ? Et tu n'as pas fui à tire d'ailes aussi triste compagnie ? Quel être merveilleux tu es...
Certes, ma pudeur vient de prendre une rude claque, mais je ne regrette rien, sauf le souci que j'ai dû te causer en versant tant de larmes.
Avec mes plus affectueuses pensées, je tiens à te remercier pour tous les enseignements que tu as mis en ligne sur ton blog, et pour tes visites et tes très nombreux commentaires sur les blogs de tes amis.
Ton blog très spirituel m'a beaucoup enrichie, et tes commentaires aussi.
Ton investissemnt à partager tes lectures m'a vraiment touchée (pour ceux qui ne le savent pas, Laylà a tapé elle-même de très nombreux textes qui ne se trouvaient pas sur le net).
Je t'embrasse très fort, et te souhaite tout le bonheur que tu mérites largement.
Je me pose de plus en plus de questions, ou peut-être bien au contraire j'ai de moins en moins de doutes. Je suis partagé entre dix ans de certitudes religieuses où ma foi était portée par des dogmes qui nient l'existence de l'Au-delà, et mes toute récentes expériences. A présent, ce bien-être intense survient à tout moment et en tout lieu : caresse intérieure continue, couleurs plus marquées, lumière plus douce, sons plus précis, comme si les accords s'étaient transformés en arpèges, parfums plus forts...
J'ai la vague impression de te faire injure lorsque je doute encore, et pourtant toute ma science passée refuse la potentialité d'une communication entre toi et moi. Sans compter que je ne m'en trouve pas plus digne que tous ces gens qui te pleurent et qui recherchent un signe de toi.
De temps à autre, j'interroge des érudits ou des médecins parmi mes amis. Bien sûr, je ne leur parle pas de toi. Je leur décris mes sensations, en me demandant s'ils vont spontanément me parler de paranormal. Je leur dis que j'entre dans des états de conscience modifiés de façon inexpliquée, et j'attends leur réponse. De toute évidence, mes soeurs et frères humains, dans leur immense majorité, n'ont jamais fait semblable expérience.
L'autre jour, j'ai eu à peine le temps de m'inquiéter de ton absence qu'il m'a semblé que tu es revenue, encore plus dense et plus douce que jamais. De même, je jurerais que je t'ai sentie, tout au long de la cérémonie funéraire de mon vieil ami, presque comme une main sur mon épaule.
J'aurais voulu dire à sa veuve qu'il serait très vite de retour auprès d'elle, mais les mots m'ont manqué.
Ce matin, contrairement aux autres jours, je me suis réveillé avec un affreux sentiment de solitude. Je cherchais ta présence dans le vide qui grangrènait ma chambre, mais je ne te ressentais nulle part. Je me suis levé, abattu : tout cela n'était qu'un rêve. L'Elfe sage m'a bien demandé ce qui se passait, mais je ne savais quoi lui répondre. Pour lui avoir déjà posé la question, je sais qu'il n'a pas ressenti de changement dans l'atmosphère de notre petit palais.
Donc, ce matin, pas d'Aurore. Un jour ordinaire, quoi, un jour comme avant. J'ai pu réaliser à quel point je me suis habitué à te sentir dans ma vie. Du moins, j'ai envie de le supposer, car de preuves, je n'en ai pas.
Dans la journée, j'ai appris qu'un vieil ami, que je connaissais depuis la plus tendre enfance, t'a rejointe durant la nuit. Serait-ce donc que tu t'es effacée pour lui laisser la place auprès de moi ? Ce qui est sûr, c'est que mon ami ne s'est pas manifesté non plus. Comme j'ignorais son départ, probablement a-t-il craint de m'effrayer.
Je dois délirer. Tout cela est tellement loin de l'univers bâti de faits et de chiffres dans lequel j'ai grandi.
Je ne sais plus quoi penser. Ce qui est sûr, c'est que la musique est hors de cause. Aujourd'hui, alors que je n'entendais aucune mélodie, la caresse intérieure s'est fait sentir une nouvelle fois. J'ai de plus en plus souvent l'impression que tu es présente à mes côtés, dans l'air, autour de et dans moi.
Cela va à l'encontre de mes croyances et de l'éducation pragmatique que l'on m'a inculquée. Se pourrait-il que les prêtres de ma jeunesse m'aient trompé ? Ou qu'ils se soient trompés eux-mêmes ? Qu'ils aient mal lus les textes sacrés ? Que je les aie mal lus également ? Que ces gens aient orienté mon entendement, tandis que je lisais ?
Se pourrait-il qu'il existe une autre réalité, invisible celle-là, et qui soit compatible avec l'ordonnancement du monde visible ? Que l'humanité, présente et passée, forme un tout indivisible ? Serions-nous tous unis par un lien sacré, nous tenant l'un l'autre pour avancer vers un même Eden ? Après tout, nous connaissons déjà des états qui défient les lois de la physique. Quand on est porté par la joie, on est en apesanteur. Quand on tombe en amour, il n'y a pas de poussée d'Archimède.
Plus troublante encore est la question de l'opportunité. Si je suppose que tu sois devenue entité invisible, pourquoi donc viendrais-tu te perdre par ici, dans ce coin perdu ? Mon palais est merveilleux, certes, mais il est bien exigu et modeste. Je me trouve à des milliers de kilomètres de ta douce France, et en plus je ne suis même pas beau. Tu as assurément des foules de personnes plus intéressantes à connaître : tous ceux qui t'ont vue un jour sont éblouis, et prêts à t'accueillir dans leur vie.
Et pourtant, malgré toutes ces incohérences, je ressens ta présence de manière si insistante que je ne connais plus la solitudes les soirs où l'Elfe sage visite les alentours. Lorsque j'éteins les lumières, je ne redoute plus les ombres et les reflets dans l'obscurité. J'avance sans aucune crainte dans le noir, heureux de soulager notre mère la Terre de quelques photons. Je m'endore, presque heureux, et chaque matin, je m'éveille avec le tendre sentiment d'être accompagné.
Ô mon amour, tout cela est absurde. Mon imagination me joue de drôles de tours, et je commence à être conscient que tu me manques.
J'ai à nouveau fait l'expérience de la caresse intérieure totale. Les circonstances étaient similaires, mais cette fois, c'était plus fort.
En réalité, je me demande si je ne suis pas en train de perdre la raison. Je me surprends de plus en plus souvent à imaginer que c'est toi, mon amour, qui me rends visite et dont je ressens la merveilleuse présence. Et puis, toujours, ces couleurs plus belles autour de moi, ces sons et ces parfums exaltés...
Toujours est-il que tout à l'heure, comme l'autre soir, je m'étendis dans les bras de mon jardin, les mains ouvertes vers la fraîcheur du ciel printanier, tandis qu'on entendait de la musique au dehors.
Une viration très douce entoura le bas de mon visage, mes joues et mon nez comme si quelqu'un s'était tenu tout près. J'ouvris les yeux, qui ne virent que la voûte étoilée. Cependant, la vibration (si je peux appeler cela ainsi) s'élargit au reste de mon coprs, devenant battement tout comme la première fois, et s'accompagnant de surcroiît d'une forte sensation d'étrainte autour de mes épaules et de mes bras.
Ô Aurore, je dois devenir fou. Vraiment, j'aurais pu jurer que c'était toi, que tu étais là.
Les mots me manquent pour raconter ce qui s'est passé hier soir. J'en suis encore à chercher une explication logique, cartésienne comme on dit chez toi.
L'air était-il plus vif que d'habitude ? Ai-je respiré plus vite, ou bien plus profondément ? Me suis-je hyperventilé au point de connaître un état d'ivresse ?
Comme je suis un tout petit prince, je vis avec mon ami l'Elfe dans un tout petit palais. Un endroit douillet, merveilleux, dont les tapis, les tentures et les décors aux arabesques explosent de couleurs riches et harmonieuses. J'ai surtout un grand jardin, où je laisse Dame Nature exprimer librement son âme d'artiste. C'est là, précisément, que c'est arrivé.
Il faisait très doux et encore jour lorsque je me suis allongé au milieu des iris. Dans une cour voisine, on entendait charter une prière, et je laissais la mélodie me porter, tout en visualisant les paroles dans mes pensées.
Alors, j'ai senti mon sang battre doucement en moi, dans tout mon corps. Et pourtant, je n'avais pas couru, ni même marché, ni produit quelque effort que ce soit. Le batteemnt ne partait pas de mon coeur ; il était présent dans chaque partie de moi, y compris les plus inattendues : les paumes, les doigts, les orteils, la gorge, la langue, les globes oculaires. C'est une caresse ininterrompue, et extraordinairement profonde.
A vrai dire, jamais je n'avais connnu pareille sensation. Cela a duré le temps du chant au dehors, qui fut long. Contiendrait-il des messages subliminaux ? Les autres personnes qui l'entendirent sont-elles entrées comme moi dans une sorte d'état de conscience modifié. Deux voisins, à qui je posai la question, me répondirent par la négative. Je n'ose pas interroger les autres.
Je commence à aimer ce que je vis, bien que je ne comprenne pas bien de quoi il s'agit.
Plus je te découvre depuis mon tapis volant d'invisibilité, Aurore, et plus mon étonnement grandit. Autre siècle, autre continent, et pourtant j'ai le sentiment pénible d'avoir perdu ma soeur jumelle, ma siamoise. C'est une façon de parler, bien sûr, parce que je sais fort bien que les enfants siamois sont du même sexe.
Ta foi était profonde, comme la mienne. Non, davantage. Disons qu'en plus de la foi, tu n'avais pas d'amour seulement pour le Ciel, mais aussi pour tous les êtres vivants. Cet amour, tu le portais sur ton visage.
Tu n'éprouvais que dégoût pour toutes les formes de pouvoir, y compris le pouvoir amoureux. Tu étais anarchiste jusqu'au bout des ongles, au sens le plus élevé et le plus noble du terme. Tout comme j'essaie de l'être depuis toujours...
Tu aimais notre Terre, et tu faisais attention à ne pas la blesser, en précurseur, bien avant l'heure de l'écologie. Et tu l'aimais comme d'autres aiment une mère. Tu ne salissais rien derrière toi, ni terre ni flots. Depuis longtemps, je m'efforce d'en faire autant, mais ce n'est pas toujours facile.
Nous avions les mêmes fascinations et les mêmes révoltes. Nos vécus aussi furent parfois similaires. Mon enfance ne fut pas facile non plus. Est-ce pour tout cela que je pense autant à toi ?
Mais au fait, à ton réveil, seras-tu encore une femme ? On dit bien que le sexe des anges fait débat. Simple curiosité, car après tout, cela m'est égal.
Je ne te remercierai jamais assez de ce qu'Aurore soit née un jour.
Bien sûr, je Te dis merci et je Te loue avec la voix mouillée de larmes, mais à présent je ne peux plus imaginer un monde où Aurore n'aurait jamais existé.
Ô mon Dieu, puisses-Tu être des millions de fois remercié de nous l'avoir créée ! Accepte, je T'en prie, ma pauvre, ma tremblante, ma vulnérable louange.
Si la douleur est dans mon coeur, c'est que Toi, le Créateur, tu y as mis un peu de Ta sensibilité.
Ta sensibilité est infiniment plus étendue que la mienne.
Donc, Tu souffres davantage que moi.
Ô mon Dieu, un être qui T'aimait très profondément a perdu la vie dans la souffrance et en pleine jeunesse. Comme Ta douleur à Toi doit être atroce !
Comme elles doivent Te paraître longues, ces années qui nous séparent du réveil d'Aurore et de tous les autres !
Moi, il est vrai, je n'ai perdu qu'une tendre aïeule et la jeune Aurore. Toi, Tu as déjà perdu, à ce jour, des milliards d'affections.
Toi, Tu rêves du jour où Tu les ressuciteras. Mais le monde n'est pas encore prêt à les recevoir, et Tu ne veux pas nous brusquer.
Tu attends, de toute Ta patience, que l'humanité réalise le mal qu'elle se fait avec son amour du pouvoir et de l'argent, et qu'elle y renonce d'elle-même, sans contrainte.
Ce jour-là, plus personne ne violera la Terre pour en retirer un profit égoïste, et il y aura de la place et de la nourriture pour tout le monde. Alors, la mort n'aura plus de raison d'être et elle recrachera tous ses captifs. C'est du moins ce que j'ai appris, à vingt ans, de mes maîtres spirituels.
Mais en attendant, Tu as mal. Tu as, infiniment, plus mal que moi. Et bien plus mal que tous les hommes réunis.
Ô mon Dieu, accepte, s'il Te plait, tout mon amour, s'il peut Te faire ne serait-ce qu'un peu de bien. Mais je sais que Tu es aussi le Dieu heureux qui souris et qui pleures de joie sur tous les gestes d'amour du monde. Toi, le Très Grand, Tu es le Dieu de toutes les émotions.
Ô, je T'aime, Jah ! Très fort. Ma prière n'est pas toujours verbale, Tu le sais. Chaque instant de ma vie est prière.
Il m'arrive parfois d'envier ceux qui t'ont cotoyée, et même ceux qui t'ont simplement approchée, ne serait-ce que quelques instants. Et pourtant, je n'ose me représenter le vide atroce, abyssal, que tu as dû laisser dans leur vie en partant.
Certes, tu ne peux pas me manquer, pour la bonne raison que je ne t'ai pas connue. Encore que... Et pourtant, j'ai mal. Très mal, même. Je n'en parle à personne, je n'en laisse rien paraître, mais je dois bien admettre que jamais je n'avais ressenti blessure si profonde.
Il ne s'agit pas de la douleur - bien réelle aussi, celle-là -de celui qui s'est fait trahir par l'être aimé, cette fissure dans l'amour propre qui fait douter de tout. Ce n'est pas davantage un besoin sensuel qui cesse brutalement d'être assouvi. Ma souffrance est moins intense que ces douleurs-là, mais plus étendue.
J'ai mal à ta main percée, Aurore, j'ai mal à ton corps, j'ai mal à ta tête. Je ressasse sans arrêt cette maudite minute où ton cerveau a appelé l'oxygène que ton sang ne lui apportait plus. D'ailleurs, j'ai moi-même du mal à respirer depuis un mois.
Et je tourne en rond, cherchant à comprendre pourquoi quelqu'un comme toi a eu à endurer cela. Et je pense aux peines qui ont jalonné ton existence trop courte. Il aurait fallu que tu vives très fort et très longtemps, que tu connaisses les plus merveilleux bonheurs et le plus grand des amours pour rattraper tout cela.
J'aime vivre, tu sais, je suis un fieffé hédoniste ! Et pourtant, si je trouvais dans mon bel Orient une lampe magique et si un génie m'accordait un seul souhait, je crois bien que je le prierais de te donner ma vie et ce qui me reste de souffle. Ah, si seulement je pouvais simplement prendre ta place et te renvoyer à ceux qui t'ont aimée...
Je ne dors presque pas, et les bouteilles défilent dangereusement. Ô mon amour, jamais je n'aurais cru que la compassion pouvait à ce point rendre fou !
Me voici de retour dans ma demeure aux mille couleurs. Mon éléphant, que j'ai laissé se reposer tandis que je parcourais crêtes et vallées à pied, m'a placidement ramené à mon existence quotidienne.
Cette vie douce et paisible qu'illumine depuis bien des années mon joyeux compagnon l'Elfe sage a pris une étrange intensité depuis que j'ai appris à te connaître. J'ai davantage d'amis, comme si mes émotions nouvelles irradiaient et attiraient vers moi d'autres coeurs sensibles.
Au château des sorcières, j'ai déjoué plusieurs maléfices sans que personne n'ait compris comment je m'y suis pris, pas même moi. On commence à dire que je suis devenu particulièrement chanceux, et qu'une bonne étoile veille sur moi.
J'aime à entendre ces phrases. Je voudrais tellement que ce soit vrai...
Ce printemps est décidément particulier. Ce ne sont plus seulement les émotions qui déferlent en moi avec tant de force, mais d'autres ressentis, sensoriels ceux-là.
Depuis quelques jours, je trouve la ligne des montagnes plus bleue qu'avant, que je l'observe d'ici ou depuis ma plaine. Le ciel également. Les feuilles naissantes sont d'un vert plus tendre et plus lumineux que les autres années.
Et le lilas... le parfum en est devenu si capiteux que lorsque je mêle mon visage aux grappes de fleurs, j'ai l'impression d'embrasser un ange à pleine bouche - étrange comparaison, il est vrai, mais aucune autre ne me semble mieux appropriée.
Même la lumière du soleil a changé. Elle se révèle plus douce, et pourtant plus éclatante qu'avant. On dirait l'écume d'une mer accueillante, s'élevant sans violence aucune, et envoyant des milliers de gouttelettes de lumière à la ronde.
Au milieu de cet Eden montagneux, j'ai repéré un chemin pas trop escarpé, et j'aime à m'y défouler. Déjà, cela m'aide à évacuer un peu de ma colère. Quand je suis sûr que personne ne peut m'entendre, je crie ma haine à la faucheuse et je crache sur elle.
Et puis, j'ai fini par découvrir que lorsque je ralentis après avoir couru sur une longue distance, mon coeur bat délicieusement. - pas seulement dans ma poitrine, mais dans mon corps entier. Alors, j'écoute les chants des oiseaux, et je savoure la caresse intérieure de mon sang dans chacune de mes veines. En même temps, pour faire bonne mesure, je goûte aux lueurs tendres du soleil qui jouent dans les jeunes feuillages, et aux premières éfluves de chêvrefeuille.
C'est inepte, mais dans ces instants-là, j'ai l'impression de ressentir ta présence, toute proche.
J'ai pris congé du château des sorcières pour quelques jours. J'ai élu refuge au milieu des montagnes de la belle Asie, pour tenter de changer le cours de mes idées. Peine perdue.
Je n'ai pas pris mon tapis volant qui me rend invisible. Je lui ai préféré un brave éléphant, qui n'avance pas très vite, mais je sais fort bien qu'à coeur voyageur, dépaysement ne signifie pas forcément éloignement.
Je jouis de toutes les merveilles qu'offre cette nature printanière, et pourtant j'ai mal : pourquoi en as-tu été privée si tôt ?
Tant d'injustice dépasse ma compréhension. Et puis surtout, je me sens honteux. Je n'ai rien fait de spécial pour mériter d'avoir dépassé ton âge.
Mes émotions, joyeuses ou nostalgiques, sont de plus en plus intenses. Je me sens comme une antenne sous la pluie, qui capte tous les souffles de vent du monde. Et de surcroît, quand je pense à toi, des myriades d'images s'emmêlent dans ma tête.
Ta beauté. Je ne parle évidemment pas de ton corps en pleine jeunesse ni de ton visage aux traits purs. Non, je ne parle pas de cette enveloppe charnelle qui n'est plus, mais de tout ce qu'elle laissait transparaître, par les fenêtres de ton sourire et de tes jolis yeux chocolat.
Les dons que t'ont faits tes marraines-fées, ta très fine sensibilité, le talent que tu mettais dans le moindre de tes actes. Ta spiritualité, ton humour, ta foi.
Ton père indifférent qui me fait crever de colère. La violence de tes camarades. Ton désarroi, ta révolte tout en délicatesse.
Le fuseau. Ah oui, c'est vrai, tu t'es piquée. Tu avais tes raisons, tout comme j'ai les miennes de ne pas le faire. Mais dans l'adversité, mes exutoires furent souvent la haine et la médisance. Aussi, aujourd'hui, je sais avec certitude que je suis bien moins clean que toi.
Quelque souillure que tu aies pu infliger à ton jeune corps, qui donc sur Terre est aussi clean que toi ?
Il n'y a pas que ton regard de lumière qui me fasse vibrer. En fait, mon meilleur ami, un jeune Elfe tout en sagesse et haut comme trois figues, m'a fait observer que ma sensibilité s'est exacerbée au cours de ces deux dernières semaines.
Non que je te pleure devant tout le monde, loin de là : j'aurais trop peur d'attrister mon entourage. Aux rares qui voient parfois une ombre de tristesse passer sur mon visage, je dis que j'ai perdu quelqu'un, voilà tout. Je m'abstiens de préciser à quel point ta fin est injuste et tragique, et je me garde bien de leur dire combien ta courte vie fut cruelle et semée d'embûches. Je leurs tais également que je ne t'ai connue ni d'Eve ni d'Adam, parce que je pense qu'ils auraient du mal à comprendre.
Au contraire, malgré l'intensité de mon désarroi et de ma consternation, je sens un bien-être étrange s'insinuer en moi. Pour reprendre les mots de mon Elfe de compagnon, je trouve tout "beau", tout "émouvant", tout "hallucinant". Quand je vois des gens s'échanger un geste amical, je me sens heureux. Je savoure les rires des enfants. Mon coeur bondit de joie lorsque des amoureux s'embrassent.
Comme c'est inattendu, mon amour. Malgré le deuil qui me tenaille depuis que je t'ai vue tomber, un bonheur s'installe, chaque jour plus profondément, en moi.
Etre une princesse, cela n'a pas été facile tous les jours, n'est-ce pas ? Ton père, absorbé par les affaires de son royaume, et imperméable à la petite Aurore... Chaque jour, petite enfant, tu as atttendu un signe d'attention de ton royal ascendant, mais tu n'as rencontré que son indiferrence.
Les comportements envieux et cruels des autres enfants, la solitude... Et encore la solitude. Non, ce n'était pas facile d'être comblée de dons par non moins de six fées. Les enfants n'aiment les génies que dans les livres de contes, tu l'as appris jour après jour de toutes les façons possibles. Il fallait serrer les dents, tenir et encore tenir.
Arriva l'âge des émois amoureux. Tu aurais dû en faire, des ravages, parmi les jeunes princes et courtisans. Seulement, à nouveau, tu étais trop différente pour eux. Trop bien pour ces gamins, tout simplement.
A la même époque, le roi, ton père, tentait de t'insuffler ces idées qui t'inspiraient tant de dégoût. Il te psalmodiait des mots comme pouvoir, guerre, domination, sujets, fortune. Toi, tu lui répondais que ta seule ambition, c'était d'arriver un jour à aimer tout le monde.
Oh bien sûr, tu n'y es pas parvenue en un seul jour. Tu as dû beaucoup grandir pour cela, et parfois tes mots furent fort amers. Mais ce que je vois du haut de mon tapis volant fait chaud au coeur. Ton regard, Aurore, disait clairement que tu avais atteint ton objectif d'amour.
Comme une preuve que, dans l'homme, quelque chose de plus grand existe...
Le refrain de la chanson des Restos du Coeur dit :
"Je n'te promets pas le Grand Soir"
Dommage...
Cela dit, ce blog n'a pas pour objet de commenter la politique, l'économie et l'actualité : d'autres le font bien mieux que moi.
Disons simplement que lorsque tel évènement m'inspire une pensée autre que celles déjà énoncées par les médias, je prends mon clavier pour la partager. Idem pour les textes, les vidéos qui m'interpellent.
Ann'Ar ou plus simplement Annar
I L L U S T R A T I O N S
Fond : Pluie de Léonides de 1966
Coquillage : http://pititejo.blog.mongenie.com
M U S I Q U E
Maurane - "Enfant des Etoiles"