Ce soir, je me sens d'humeur à vous faire rire un peu. Aussi, je vais vous raconter un autre épisode de mes démélés avec Tartempion et Chieuznogoud.
Comme vous le savez, dans l'administration où je gagne mon pain, j'ai dans les pattes une femme proche de la retraite, mais bien plus sénile que mon adorable voisine de 91 ans. Elle est hiérarchiquement juste au dessous de moi, et Tartempion c'est notre chef de service. Vous allez voir que c'est parfois dur, la vie d'un cadre intermédiaire dans le secteur public.
Ce matin, coup de fil de Tartempion, qui était sorti du bureau. J'apprends que je suis censée rendre à 17 heures un gigantesque tableau retraçant toutes les opérations d'investissement auxquelles nous procédons, tant en dépenses qu'en recettes. Bien sûr, cela faisait déjà quelques jours que je travaillais à cette giga-feuille de calcul (d'à peu près 50 colonnes, et près du double de lignes, le genre de truc à imprimer en format A3 en demandant une réduction à 30 ou 40 %...) mais comme il n'y avait pas véritablement urgence, je me mettais dessus lorsque j'avais un "trou" dans mon emploi du temps. Et voilà que brusquement, il faut que ce soit terminé en quelques heures.
Le problème, c'est qu'une bonne partie des données, Chieuznogoud est la seule à pouvoir les rentrer dans le tableau, puisque que c'est elle qui gère la partie "dépenses" (en l'absence de sa collègue, la responsable des achats, qui est en vacances bien méritées). Certes, en farfouillant dans le logiciel comptable qui, heureusement, n'est pas retors et vicelard comme ma petite Iznogoud, j'ai pu dénicher une bonne partie des chiffres. Mais ce logiciel a ses limites, et il ne m'indique pas où en sont les consultations, les publications d'appels d'offres, les ouvertures de plis, etc.
Evidemment, Tartempion n'ose pas demander lui-même à Chieuznogoud de me fournir les renseignements nécessaires pour compléter le tableau, il a bien trop peur de passer pour le méchant qui donne du travail aux yeux de cette vétérane de la fonction publique. Il vaut mieux que ce soit AB, n'est-ce pas, qui se fasse envoyer sur les roses, au cas où elles auraient trop d'épines.
Donc, ce matin, je vais trouver Agecagonix... euh pardon ! Chieuznogoud, et lui explique, avec le plus grand calme, sans vouloir me vanter, et une patience infinie, que j'ai imprimé la partie "dépenses" du tableau, que - oh quelle chance ! - les montants des prévisions et du réalisé y sont déjà, mais qu'il faudrait juste qu'elle veuille bien me remplir les petites cases, là, avec l'état d'avancement des opérations.
Dans un premier temps, Chieuznogoud essaie de s'en sortir en me disant que c'est à l'ancien chef des ateliers municipaux (et pourquoi pas l'actuel ? mystère que je renonce à éclaircir) que je dois m'adresser pour qu'il me dise où en sont les chantiers. Je reste très, très calme, fais semblant de croire que vraiment elle ne se souvient plus de ce qu'il faut mettre comme informations dans le tableau, et lui rappelle tout doucement que ce que les élus veulent y voir figurer, c'est l'état d'avancement des dossiers de dépenses sur le plan administratif, donc son rayon à elle.
Evidemment, refus tout net de mon aînée. J'ai l'habitude : comme c'est Tartempion qui remplit les fiches annuelles de notation, si ce n'est pas Tartempion en personne qui demande un boulot, Chieuznogoud ne fait pas, voilà.
J'insiste un peu, en vain, et finalement lui laisse le tableau à remplir, au cas où elle reviendrait à la raison dans la matinée, étant donné qu'elle n'est pas présente le vendredi après-midi.
Et maintenant, devinez quoi ? Tartempion revient au bureau, va à une réunion, et décide d'y emmener Chieuznogoud alors qu'à peine quelques dizaines de minutes auparavant il m'avait demandé de lui donner un boulot à faire. Dans le genre semeur d'étron, ce n'est pas mal.
Bref, après avoir envoyé quelques mails à droite et à gauche pour me couvrir, j'ai conscienseusement renseigné la partie "recettes" de la giga-feuille de calcul. Cela tombe bien, c'est la partie la plus dense, et donc la plus intéressante pour l'amoureuse d'Excel que je suis. Non, je ne suis pas en train de prétendre que nous réalisons plus de recettes que de dépenses, nous ne sommes point doués comme ça. Simplement, une seule dépense peut être financée par de multiples rentrées de recettes distinctes.
Au fait, j'oubliais, nous avons un nouveau Picsou tout neuf. L'ancien n'en pouvait plus, ce qui est parfaitement compréhensible. Bien sûr, en tant que fonctionnaires, nous apprécions énormément notre relative sécurité, mais voilà de quoi méditer pour ceux qui croient que nos conditions d'emploi sont idylliques... ;-)) |