Je vais commencer par un aveu : je n'ai pas été fichue de trouver en ligne la lettre adressée par Mme Idrac aux cheminots. Sans doute ai-je un peu de brouillard dans les yeux (et/ou un peu plus haut) à cette heure-ci.
J'ai par contre bien entendu et lu un peu partout la phrase "Ne risquons pas un divorce avec les Français". Comme je n'ai pas le sentiment d'être profondément marginale, je suppose que les pensées que je vais exposer ci-après sont partager par beaucoup de Français.
Je souhaite être, du moins je l'espère, la énième à répéter aux cheminots que si divorce il y a, ce n'est sûrement pas avec les salariés de la SNCF.
Si les cheminots voient boulversées les conditions d'emploi qu'ils ont choisies le jour où ils ont trouvé, au sens littéral, leur voie, il s'agit d'une grave lésion, un peu comme une sorte de dol. Si les conditions d'embauche de quelque corps de métier que ce soit doivent changer, cela ne doit s'appliquer qu'aux nouvelles embauches. Souvenons-nous d'une actualité récente : le Conseil Constitutionnel n'a-t-il pas déclaré irrecevable la notion de rétroactivité d'une loi nouvelle, en l'occurence celle qui aurait dû réduire la charge pécuniaire des emprunts en cours ? (Au fait, pourquoi la rétroactivité ne fonctionne-t-elle que quand cela arrange nos dirigeants ?)
Si divorce il y a, donc, ce sera plutôt entre les Français et la direction de la SNCF. Qui a empêché des trains de rouler, lésant ainsi les usagers, à cause d'une grève des contrôleurs, autrement dit d'un hypothétique manque à gagner de l'entreprise ferroviaire en cas de fraude des passagers ? Qui a, à cette occasion, obligé les passagers à emprunter des modes de transports moins sûrs et moins écologiques ? Qui a supposé que les passagers allaient frauder ? Est-ce le personnel ?
Qui applique des tarifs prohibitifs pour le transport d'une voiture d'un point à l'autre de la France alors qu'on ne cesse de parler de risques routiers inhérents aux départs en vacances et d'émission de gaz à effets de serre ? Qui oblige le citoyen Lamda qui ne s'appelle pas Cresus à traverser la France au volant de son automobile ?
Soyez rassurés, les cheminots. Ceux qui vous en veulent sont de toute façon d'éternels insatisfaits qui croient qu'on résoud les problèmes en nivelant tout par le bas : les salaires, les retraites, les conditions de travail. Vous n'êtes pas leur seule cible ! Ceux-là en veulent aux cheminots, aux fonctionnaires, aux footballeurs, aux chanteurs, aux politiciens et j'en passe... mais ne font rien pour améliorer leur propre condition : il leur semble plus facile de haïr ceux qui ont fait des choix et des efforts différents.
C'est sûr, nous allons peut-être un peu râler quand nous aurons des problèmes de transports et de bouchons liés à votre mouvement social. Mais dans tous les couples, il y a des disputes qui ne mênent pas pour autant au divorce. On vous aime, les cheminots, vous qui nous avez transportés un peu partout quand nous étions ados et que nous ne savions pas encore conduire. Tirez les autres salariés vers le haut. Soyez notre locomotive !
AB |