Cet article sur la coïncidence de deux jours fériés m'amène à rendre hommage à ma première collectivité-employeur, qui n'existe plus en tant que telle. En effet, l'équipe d'élus qui gérait cette mairie l'a perdue aux élections municipales de 1995, après trois mandats.
C'était à l'époque une ville communiste. Nous l'appellerons Rougeville, je trouve que cela lui allait bien, et le rouge est la couleur qu'utilisent les enfants quand ils dessinent un sourire ou un coeur.
A Rougeville, lorsqu'un jour férié tombait un samedi ou un dimanche, il était automatiquement récupéré. Mieux encore : si deux jours consécutifs étaient fériés, l'un des deux était récupéré, en raison du pont perdu. Par exemple, je n'ai plus le calendrier des années 90 en tête, mais je me souviens que si l'Ascension devait tomber le 7 mai, le pont qui en découlait (à Rougeville, on ne travaillait jamais le vendredi qui suivait l'Ascension) coïncidait avec le 8 mai. Aussi, le 8 mai était récupéré un autre jour.
Bien entendu, à Rougeville, les 35 heures ont été instaurées dès le début du 1er mandat de l'équipe municipale, en 1977. Par ailleurs, nous avions environ 6 semaines de congés, soit davantage que la plupart des salariés.
Tous ceux qui le désiraient pouvaient se rendre à la fac de droit la plus proche, un jour par semaine, pour y préparer des examens professionnels et des concours, et cela sans perte de salaire. En plus, l'essence et le repas étaient intégralement remboursés, ce qui fait que se former coûtait moins cher que travailler. Notre Maire, qui lui-même occupait de par sa profession un rang social élevé, tenait à ce que chacun de nous puisse avoir sa chance d'accéder au plus haut niveau possible. Comme la municipalité de Rougeville souhaitait encourager les moins motivés, chaque examen réussi, même très facile, donnait lieu à un échelon de rémunération supplémentaire.
Les réunions de Commissions paritaires étaient programmées pour avoir lieu le lendemain de la proclamation des résultats des concours administratifs, pour que nous soyons nommés instantanément. L'équipe municipale d'après 1995 n'a plus nommé les lauréats de concours et d'examens, mais a créé des emplois fonctionnels pour embaucher qui bon lui semblait. Pour cette raison, après la réussite de mon dernier concours, j'ai changé de collectivité. D'autres sont restés, parce qu'ils avaient des attaches, ou une maison… et ont renoncé au bénéfice de leur réussite à un concours ou un examen.
Par ailleurs le Maire de Rougeville n'oubliait pas le secteur privé. Il est allé soutenir des mouvements sociaux dans des entreprises locales.
Bien sûr, comme toutes les administrations, la mairie de Rougeville a eu à supporter son lot de tire-au-flanc et de profiteurs parmi ses employés. En outre, cette collectivité généreuse a embauché de nombreuses personnes dites « éloignées de l'emploi » et la cohabitation avec certaines d'entre elles n'a pas toujours été facile. Mais dans l'ensemble, nous travaillions de bon cœur, dans une ambiance conviviale, et même je peux vous dire que nous avions tendance à faire bien plus que ce qui nous était demandé. Par ces quelques lignes, je voulais donc témoigner des bienfaits pour l'employeur d'une ambiance de travail bienveillante.
En 1995, un candidat aux élections municipales a en partie bâti sa campagne en attisant la haine de salariés maltraités dans le secteur privé contre les chanceux que nous étions. Cela a fonctionné, et la liste du candidat indélicat a remporté la mairie. ROUGEVILLE N'EST PLUS.
Oui, ce dispositif existe encore dans la fonction, mais de manière beaucoup plus impersonnelle. Il y a comme un côté paternaliste dans ta description, quoique pas tout à fait. On peut encore se former dans la fonction publique avec le congé de formation rémunéré à 80 %. Néanmoins, tu es redevable par contrat d'un contrat de fidélité de 3 ans avec l'employeur et il me semble que les formations doivent être agrées par l'état d'une part, être en adéquation avec l'activité de l'employeur. Par exemple, une aide soignante peut prétendre à suivre l'école d'infirmière.
Pour tout le reste, je suis en parfait accord avec ce que tu dis, qu'il s'agisse de courageux ou tire au flanc, on dit qu'il faut de tout pour faire un monde, et on trouve dans les personnes à faible rendement d'autres qualités qui les caractérisent et les rendent intéressants. La gestion des communes communistes a souvent été un modèle ne serait-ce que par déontologie, mais également dans un souci de crédibilité et aujourd'hui il est admis que ce type de gestion est devenu suicidaire au motif qu'il n'est plus en conformité avec l'époque.
Ceci est risible.
Effectivement, certains reprochaient au Maire de jouer les papas-gâteaux.
Maintenant que tu m'en parles, je me souviens qu'en échange de l'aide à la formation, nous étions censés rendre 5 ans de services, ou 10, je ne sais plus. Mais c'était informel, et personne ne m'a rien demandé lorsque j'ai dû changer de région pour trouver un poste.
Au fait, si quelqu'un connaît un autre Rougeville.....
Il ne faudrait que des rougevilles !! et une rougefrance aussi, le rouge n'est-il pas aussi la couleur de la joie, de la passion, ça se comprend donc ^^ c'était presque le bonheur, hélas, j'ai connu aussi cela mais comme toi, chaque bonne chose ne reste jamais trop longtemps en place ...
Je suis contente que tu aies pu connaître toi aussi des ambiances positives sur un lieu de travail.
Hélas, cela devient rare, et peu de nos enfants connaîtront des Rougeville.
A quand Rougeterre ?
Le refrain de la chanson des Restos du Coeur dit :
"Je n'te promets pas le Grand Soir"
Dommage...
Cela dit, ce blog n'a pas pour objet de commenter la politique, l'économie et l'actualité : d'autres le font bien mieux que moi.
Disons simplement que lorsque tel évènement m'inspire une pensée autre que celles déjà énoncées par les médias, je prends mon clavier pour la partager. Idem pour les textes, les vidéos qui m'interpellent.