Avec quelque retard sur la fête des amoureux, je me suis souvenue d'une belle histoire que j'ai lue, enfant.
Une châtelaine était au désespoir. Des brigands avaient enlevé sa fille, et réclamaient en rançon une somme qu'elle ne pouvait réunir.
Soënna, l'une des suivantes de la châtelaine, éprouvait une compassion particulière pour la noble dame. C'était une orpheline, qui avait pour toute famille un oncle.
Soënna était très laide.
Aussi, son oncle l'avait généreusement dotée, pour lui éviter le célibat. Il pensait que l'appât du gain permettrait qu'un homme épouse sa nièce au physique disgrâcieux.
Après mûre réflexion, Soënna décida de renoncer au mariage, parce que le montant de sa dot permettrait d'espérer la libération de la fille de la châtelaine. Ne souhaitant pas faire état du sacrifice auquel elle consentait, elle ne mit dans la confidence que le jeune page Armel qu'elle chargea de se rendre chez son oncle pour lui demander l'argent de la dot.
Comme Armel lui demanda : "Mais alors, comment allez-vous faire pour vous marier si vous n'avez plus de dot ?" Soënna ne répondit rien, et elle laissa partir le messager.
L'argent de la dot permit de libérer l'enfant. Par ailleurs, la générosité et la détermination de Soënna ont eu pour effet de rendre éperdument amoureux Armel, qui la demanda en mariage.
Ni pour la beauté qu'elle n'avait jamais eue, ni pour la richesse qu'elle n'avait plus.
Est-ce que cette histoire a vieilli ? Hélas, oui. Est-ce que nos décideurs économiques, en 2009, souhaitent qu'une personne puisse rendre quelqu'un amoureux par des qualités humaines ? Est-ce qu'ils ne préfèrent pas inonder le marché de crèmes amincissantes, de modes qui changent à chaque saison, de colorants pour les cheveux, et j'en passe ? Vous connaissez la réponse.
Si seulement nous nous souvenions tous de l'histoire de la dot de Sloëna, peut-être pourroins-nous changer nos habitudes de consommation et contribuer à faire un beau pied de nez à ceux qui cherchent à s'enrichir en entretenant ou en créant des besoins de beauté et des complexes... De plus, cesser de penser autant à notre apparence, c'est bon pour l'environnement : moins de production d'articles futiles et moins de déchets.
Illustration : http://www.um.dk/Publikationer/UM/Francais/DocumentationDanoise/LesArtsVisuels/html/chapter01.htm |