Printemps 1..6, 26ème jour
Aujourd'hui, dans ton Occident lointain, c'est Pâques. Ce mot signifie, littéralement, passage, traversée. Quand donc s'achèvera la tienne ? Quand poseras-tu à nouveau le pied sur le rivage ?
Pâques, fête de la résurrection. Votre livre sacré décrit un paradis terrestre, charnel, d'où la mort aura été chassée. J'y crois, moi aussi. Mais l'attente est si longue.
Le matin, au réveil, je ne me contente plus de penser dans ta langue. Je pense à toi, tout simplement. J'ose m'imaginer t'accueillir dans mes bras, et te réchauffer, belle refroidie, jusqu'à ce que poussière devienne chair, et jusqu'à ce que chair prenne vie. Jusqu'à ce que la vase de cette interminable traversée se change en sang, et jusqu'à ce que le sang retrouve le chemin de ton coeur. Jusqu'à ce que je sente ton souffle.
C'est drôle, j'ai l'impression que tu commences à me manquer. Absurde. Comment cela pourrait-il se faire, alors que je ne t'ai point connue ?
Illustration : Bambou
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