Printemps 1..6, 40ème jour
Ce printemps est décidément particulier. Ce ne sont plus seulement les émotions qui déferlent en moi avec tant de force, mais d'autres ressentis, sensoriels ceux-là.
Depuis quelques jours, je trouve la ligne des montagnes plus bleue qu'avant, que je l'observe d'ici ou depuis ma plaine. Le ciel également. Les feuilles naissantes sont d'un vert plus tendre et plus lumineux que les autres années.
Et le lilas... le parfum en est devenu si capiteux que lorsque je mêle mon visage aux grappes de fleurs, j'ai l'impression d'embrasser un ange à pleine bouche - étrange comparaison, il est vrai, mais aucune autre ne me semble mieux appropriée.
Même la lumière du soleil a changé. Elle se révèle plus douce, et pourtant plus éclatante qu'avant. On dirait l'écume d'une mer accueillante, s'élevant sans violence aucune, et envoyant des milliers de gouttelettes de lumière à la ronde.
Au milieu de cet Eden montagneux, j'ai repéré un chemin pas trop escarpé, et j'aime à m'y défouler. Déjà, cela m'aide à évacuer un peu de ma colère. Quand je suis sûr que personne ne peut m'entendre, je crie ma haine à la faucheuse et je crache sur elle.
Et puis, j'ai fini par découvrir que lorsque je ralentis après avoir couru sur une longue distance, mon coeur bat délicieusement. - pas seulement dans ma poitrine, mais dans mon corps entier. Alors, j'écoute les chants des oiseaux, et je savoure la caresse intérieure de mon sang dans chacune de mes veines. En même temps, pour faire bonne mesure, je goûte aux lueurs tendres du soleil qui jouent dans les jeunes feuillages, et aux premières éfluves de chêvrefeuille.
C'est inepte, mais dans ces instants-là, j'ai l'impression de ressentir ta présence, toute proche.
Illustration : http://chatlibre.blog.lemonde.fr/2006/11/
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