Résumé des posts précédents : Alors qu'il pleure une personne disparue, la Belle au Bois Dormant, le Prince Charmant découvre peu à peu sa présence invisible.
Printemps 1..6, 76ème jour
Maintenant que je sais que tu es là, je constate avec une stupeur émerveillée la progression de tes manifestations. Tu t'es immiscée dans ma v ie avec une infinie délicatesse, pour ne pas me brusquer ; tu as su ne pas m'effrayer. Et surtout, tu as eu le talent de ne pas te dévoiler d'une manière soudaine qui m'aurait conduit à consulter mon médecin. Quel esprit éduqué dans la culture cartésienne n'aurait cru en quelque hallunication due à un coup de fatigue saisonnier, à traiter avec force vitamines et compléments alimentaires ?
Tu es venue te poser sur mon deuil, aussi sûrement que le matin le fait sur la nuit : progressivement, avec lumière et tendresse. Il m'aura fallu une quarantaine de jours pour te percevoir, et toi, pendant tout ce temps, tu as attendu avec patience et douceur que je comprenne enfin.
Il y eut d'abord ces émotions plus fortes qu'avant, ces larmes de paix qui se sont mises à mouiller mes yeux lrosque je vois des hommes heureux. Ensuite, la nature m'a paru plus belle, les parfums printaniers et les chants d'oiseaux plus enivrants... et je ne saisissais toujours pas ! Je croyais que c'était le chagrin qui me travaillait l'hémisphère droit et qui exagérait mes sensations.
Et c'est encore, précisément, ce que j'ai cru lorsque sont venus les signaux corporels de ta présence affectueuse : ce sang qui bat plus fort, ce souffle plus ample et plus profond, ces muscles qui se réjouissent de chaque mouvement... et je n'avais toujours pas réalisé !
Et, enfin, cette perception intense dans tout mon être, cette incorporation jusque dans mes os parfois, cette caresse dense et ininterrompue, cette étreinte pourtant évidente, et dont ma raison refusait de reconnaître l'origine... jusqu'au matin de ce 72ème jour de printemps où mon coeur s'est ouvert et t'a reçue tout entière.
Ô mon amour, toute ton éternité n'enlève rien à l'infinie beauté de ta patience !
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