Printemps 1..6, 89ème jour
Cela devait arriver. A force de voleter autour de ta vie à bord de mon Petit-tapis-volant-qui-remonte-le-temps-et-qui-peut-rendre-invisible, je sais tout ou presque de l'accident de fuseau. C'est quasiment comme si je l'avais vu de mes propres yeux.
L'aiguille n'a pas brisé ta métacarpe. Pourquoi ce détail, et d'autres, ont-ils été portés à ma connaissance ? En vertu de quoi un bien étrange hasard a-t-il fait atterrir mon tapis au milieu d'un groupe de médecins qui discutaient d'accidents similaires à celui qui emporta ton jeune corps ?
La réponse que j'entrevois me paraît fort présomptueuse. Est-ce toi, Aurore, qui m'as guidé dans le cheminement et la progression de ces informations ? Aurais-tu donc ardemment souhaité tempérer la douleur de ma compassion pour toi ?
Cela devient une évidence : tu te mets en quatre pour apaiser le chagrin et la colère de ceux qui te pleurent. Et pourtant, je n'ai pas connaissance qu'une quelconque instance céleste t'obligerait à le faire. Si c'était le cas, toutes les personnes endeuillées du monde connaîtraient la paix de l'âme.
Je te remercie, Aurore, pour tout ce que tu es et pour tout ce que tu donnes. Mes larmes d'émerveillement ne pourront plus jamais sécher. Cette nuit, je ne veux pas dormir ; je veux voyager et voyager encore sur mon tapis, tout autour de la Terre.
Je veux crier au monde entier quel genre de personne tu es !
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